Ce noble objectif affiché, il est clair que les joueurs s’attendent à un résultat intéressant. En fait, avant même de jouer, les premières lacunes apparaissent. Le manque de lisibilité de l’interface ne permet pas d’évacuer l’aspect maniabilité.
Ce premier obstacle franchi en appelle un deuxième : la maniabilité. Première remarque, les touches par défaut sont très loin d’assurer un confort de jeu optimum, ce qui évidemment n'arrange pas les choses. Mais même une fois ce point réglé, pouvoir piloter l’UH 1 reste un exploit. Le décollage se présente comme l’opération la plus facile. En revanche, des actions telles que stabiliser l’engin, changer de cap ou encore s’arrêter au dessus d’un objectif se transforment rapidement en tâches insurmontables. Il n’est même pas certain qu’au bout de plusieurs et longues heures de jeu, vous voyez capable de maîtriser correctement l’appareil… En somme, le gameplay est déplorable. Et ce n’est pas le « time jump » (procédé par lequel le joueur est placé directement, sans aucune action de sa part, au dessus de sa cible) qui vient contredire cette thèse. Pourtant, il y a un vrai effort des développeurs pour rendre le soft maniable et attrayant, ce qu'illustre la présence de nombreuses missions d’entraînement, faisant office de didacticiel. Malheureusement, un gouffre immense sépare le mode Entraînement des campagnes militaires à proprement parler. Pour être clair, le même changement de direction effectué durant le didacticiel condamne le joueur à une mort sans appel en mode Campagne. La difficulté (voire l’impossibilité) de manœuvrer l’hélicoptère durant une campagne transforme tous les obstacles en dangers potentiellement mortels. Effectuer un virage à 180 degrés ou s’élever rapidement d’une centaine de pieds relève du pur miracle. Les flancs de montagnes, les arbres, les mâts des navires de guerres : tous ces éléments peuvent être synonymes de mort prématurée pour le pilote virtuel. En temps de pluie et d’orage, l’hélicoptère est totalement incontrôlable, les mouvements que l’on tente de lui imprimer ne produisent aucun effet. En fait, Le joueur devient spectateur, comme au cinéma.
Une guerre fantôme
Il faut faire un véritable effort intellectuel pour s'imaginer que le jeu se déroule en pleine guerre du Vietnam. Les décors sont pauvres, peu fouillés et surtout peu détaillés. Les textures employées, simplifiées à l’extrême, ne permettent pas d’appréhender la distance qui sépare l’appareil du sol. Les paysages quant à eux semblent sans fin. Bien souvent, une étrange brume vient napper les décors, ce qui ajoute encore au manque de définition de la texture. Les images se renouvellent peu d’un décor à l’autre, si bien que les éléments finissent très vite par se ressembler et par lasser. La mer est une vaste étendue d’huile que ni le vent, ni la pluie, ni les bateaux ne perturbent. Ces mêmes bateaux ne laissent d'ailleurs aucune onde derrière eux montrant qu’ils sont en mouvement. Le manque de soin au niveau du graphisme est patent. Cet aspect ne concourt qu’à grever une atmosphère que les concepteurs ont essayé de rendre belliqueuse.
En outre, des bugs effarants subsistent, à l'image de l’ombre de l’UH 1, qui apparaît selon son bon vouloir, ou encore des soldats semblant « voler » sur le pont du navire, qui ne sont que les exemples les plus marquants.
Par ailleurs, aucun incendie, aucune détonation de balles ou explosion ne plongent le joueur dans l’atmosphère si particulière d’un conflit meurtrier… Seule la musique tente de rappeler au joueur qu’il est en situation de guerre. Et encore, la composition sonore très répétitive ne peut à elle seule générer et supporter cette atmosphère de guerre si absente de la partie. Le paysage sonore est tout aussi dépourvu d’épaisseur que les graphismes. Et de toute façon, les bruits fait par les pales de l’appareil occupent tellement l’espace sonore qu’il est impossible d’entendre autre chose...
Pour couronner le tout, l’animation des rares personnages est une insulte à la simulation. Au plus fort du conflit, la guerre du Vietnam rassemble pas moins de 500.000 G.I sur le front. Or, ici, on dépasse rarement la dizaine de soldats à l’écran. La guerre du Vietnam version Med-Evac est fade et sans consistance. La modélisation 3D des combattants américains laisse franchement à désirer : les soldats ressemblent à des pantins désarticulés qui répètent sans fin les mêmes actions. A ce stade, il est inutile de préciser que le joueur peut voler de longues minutes sans apercevoir le moindre ennemi...
En fait, les concepteurs d'Interactive Vision ont réussi un tour de force historique : ils ont réalisé la première simulation de guerre silencieuse.
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