La fidélité ne paie pas, c’est bien connu. Dans le cas de Mark of Chaos, celle-ci pourrait même coûter très cher, la communauté gamer risquant de ne pas comprendre grand-chose au gameplay tout à fait spécifique du titre, particulièrement fidèle aux règles officielles du jeu de plateau de Games Workshop. Et pourtant : quel plaisir procure Mark of Chaos, une fois ses principes assimilés ! Règles d’attaque de flanc ou par derrière, démoralisation des unités, machines de guerre (baliste à répétition, canon feu d’enfer, canon à malefoudre, etc), piquiers : Mark of Chaos reprend toute la finesse du jeu plateau dans un jeu en temps réel. Inutile ici de s’evertuer à rusher comme un fou sur l’ennemi, vous risquez de vous retrouver pris en tenaille deux minutes plus tard. Un peu (beaucoup ?) comme dans Medieval Total War, la capacité à coordonner l’ordre des assauts et à prendre les positions les plus avantageuses (collines, barricades, guets) est un facteur déterminant. Le mouvement des troupes, selon qu’elles avancent au pas, à marche forcée, ou en charge, est également un facteur déterminant, ainsi que la formation finale (en ligne pour un maximum de combattants actifs, en rangs pour avoir des bonus en moral ou encore en tirailleur pour certaines unités spéciales) et l’orientation qu’on leur assigne. Autant d’aspects qui demandent d’être particulièrement précautionneux et de bien jauger le moment où attaquer, sans pour autant retarder indéfiniment le moment de l’assaut et se faire cerner par l’adversaire.
Dans Mark of Chaos, n’importe quelle unité a la possibilité de se faire exterminer en quelque secondes, si bien que le joueur se retrouve ainsi tenu d’élaborer soigneusement des tactiques. Conséquence directe : le plaisir de remporter une bataille s’en voit décuplé, puisque celle-ci tiendra quasi exclusivement à ses qualités de stratège. L’absence de centre de production fonctionne ici comme un aiguillon, un moyen de pression ludique qui force – agréablement – le joueur à économiser ses troupes et viser l’absence totale de perte. Feinter, contourner l’ennemi, retarder au maximum la charge de la cavalerie, employer une technique spéciale juste avec l’impact : chaque action se pèse soigneusement, car chaque erreur se paie d’un très lourd tribut, souvent impossible à compenser par la suite. Il faudra aussi penser à faire cesser le tir de ses unités d’attaque à distance au moment du contact, sous peine de faire subir autant de dégâts à ses propres troupes qu’à l’ennemi. A l’inverse, parvenir à conserver ses unités de batailles en batailles s’avère payant, puisqu’il est possible de les améliorer progressivement, en leur fournissant équipement et unités spéciales (musicien, porte-bannière et champion). Mark of Chaos joue donc la carte du purisme (Black Hole est même allé jusqu’à reprendre l’arbre de compétences du jeu de rôle papier pour la progression des héros), et même le connaisseur aura du mal à repérer quelles règles ont été simplifiées pour l’adaptation.