Deck 13 Interactive est un studio de développement germanique totalement inconnu en France. Le jeu dont il est question ici, Ankh, est édité chez nous par Micro Application, qui a depuis quelques années le vent en poupe en ce qui concerne les jeux d’aventure. L’éditeur français avait ainsi eu le nez creux en éditant en 2003 le très bon « Black Mirror » des tchèques d’Unknown Identity, également inconnus au bataillon à l’époque. A-t-il réussi une nouvelle fois son pari ? Sachant que Ankh est déjà sorti depuis quelques mois en Allemagne et que les échos étaient favorables, l’affaire semblait bien partie…
Ce qui frappe immédiatement au bout de quelques minutes de jeu, c’est la ressemblance dans la psychologie du jeu avec la fameuse série des « Monkey Island ». Et ce n’est pas une coïncidence, puisque c’est un hommage à peine déguisé (voire pas du tout) aux aventures du célèbre pirate le plus bête des Caraïbes, et plus généralement à Lucasarts et Lucasfilm. Les graphismes cartoon, les multiples anachronismes (machines à remonter le temps, le chamo-matic, sorte de laveuse automatique de voiture mais pour les chameaux…) les références nombreuses à Guybrush Threepwood « Gaïbrusha », ou à Indiana Jones et la dernière croisade « Mais sa place est dans un musée ! » ou encore « Père, ne m’appelez plus Junior ! » sont là pour nous le rappeler à maintes reprises. En tout cas, on ne s’ennuiera pas de ce côté-là ! Il est bon de savoir que les développeurs ne sont pas que des gens créateurs de produits marketing sur commande, mais qu’ils ont été joueurs eux aussi quand ils étaient plus jeunes, et qu’on a à faire à de véritables passionnés.
Momie Ankh-olère
Ankh débute un soir. Assil, le héros du jeu, organise une fête avec quelques amis, pendant laquelle la bière coule à flots. Cependant, cet écervelé n’a pas trouvé mieux comme lieu de réunion que l’intérieur d’une authentique pyramide égyptienne. Ulcérée qu’Assil ait par mégarde cassé 7 vases sacrés pendant les agapes, une vénérable momie sort de son sommeil éternel pour exprimer son fort mécontentement. Après avoir songé un moment à lui mettre un simple blâme (sic), la bandelette ambulante décide d’infliger à notre jeune ami une malédiction mortelle, en lui mettant autour du cou une Ankh, artefact vénéré en Egypte, qui a la forme d’un décapsuleur (pratique pour ouvrir les bières !). Désemparé, Assil espère que le pharaon d’Egypte, Akhelfauchton, représentant suprême des dieux sur Terre, aura la magnanimité de les invoquer pour qu’ils renoncent à sa condamnation à mort. C’est donc assez inquiet qu’il va se mettre à sa recherche. Mais Akhelfauchton, comme son nom l’indique, n’est pas précisément un souverain compréhensif et les embûches vont commencer…..
Ankh-ore de la 3D...
Du point de vue technique, Ankh est un jeu entièrement en 3D type dessin animé, un peu comme « Monkey Island 4 » ou « The Westerner ». Mais à la différence de ces 2 derniers, la 3D est mieux maîtrisée : pas de déplacements hasardeux au clavier, tout se joue à la souris, et quasiment pas de problèmes de caméra qui s’enclenchent de manière désordonnée, comme c’est souvent le cas avec les jeux 3D. Les graphismes ne sont pas très fins, les objets sont brossés de manière assez sommaire, ce n’est pas du grand art, mais tout est tellement coloré et les décors regorgent tellement de détails qu’on n’y fait quasiment pas attention. Visuellement, c’est même très agréable, y compris sans une grosse configuration. Les personnages ont été traités avec plus de soin, ils sont assez jolis. Seuls leurs mouvements de lèvres ne coïncident pas avec leurs paroles : c’est dommage, car une fois de plus – et cela devient une habitude dans les adaptations françaises – les voix ont été confiées à de vrais professionnels et le résultat a été très réussi. On reconnaît notamment la voix française de Jim Carrey pour le héros, enfin la voix du Jim Carrey calme, pas celle quand il a pété un câble. Les musiques sont à connotation orientale bien évidemment, elles sont belles mais ne se font pas toujours suffisamment entendre. L’interface est elle similaire aux Chevaliers de Baphomet, l’inventaire apparaît en haut à gauche de l’écran, et celui-ci dépasse rarement les 7-8 objets. Le bouton gauche sert à se déplacer et à regarder les objets ou les personnages, le bouton droit à prendre, utiliser, parler, et faire des combinaisons d’inventaire. Enfin, la touche de tabulation sert à nous rappeler les objectifs en cours, au cas où on serait un peu perdu dans l’histoire, ce qui est bien pratique. Les sauvegardes sont libres, mais on ne peut pas dépasser les 10 compartiments dans lesquels les caser. Si vous avez déjà vos 10 cases remplies, et que vous sélectionnez « Nouveau » pour créer une nouvelle sauvegarde, le jeu vous écrase automatiquement la sauvegarde n° 1 !!!
Ankh-ête
Passons maintenant au moteur des jeux d’aventure : les énigmes. Elles consisteront essentiellement en dialogues et manipulations d’inventaire : donner un objet à quelqu’un, utiliser un objet à un endroit précis du décor….etc. Elles ne sont pas bien difficiles, voire même faciles, car très logiques et rarement loufoques, ce qui est un peu inhabituel pour un jeu ayant l’humour pour clé de voûte. Et même s’il y en a une un peu plus complexe que les autres, des dessins d’aide très visibles sont là pour vous aider. Vous avez même à l’entrée du souk une sorte de guide à qui vous pouvez demander des conseils précieux : où trouver à manger, ou comment rencontrer le pharaon, par exemple. Le jeu se paie le luxe de brocarder un petit peu les énigmes à la Myst en se moquant de manière bon enfant des puzzles sur les couleurs, des épreuves musicales, et même des jeux incluant des séquences d’action, en introduisant une énigme avec une « fausse » jauge de vie. C’est très amusant !
A noter enfin un très bon point : le chapitre 3 se résout presque entièrement grâce à l’alternance de manière judicieuse dans le choix du personnage jouable, à savoir Assil bien sûr, mais aussi Thara, la fille de l’ambassadeur d’Arabie, que notre héros a sorti de prison un peu plus tôt dans le jeu et dont il est tombé éperdument amoureux. Le hic dans l’histoire, ce sont les problèmes de pathfinding lors de cette séquence. En effet, si le chemin du personnage que l’on dirige passe par l’endroit où se trouve l’autre personnage immobilisé, au lieu d’essayer de l’éviter, il lui rentre dedans et s’arrête net. La seule solution dans ce cas est de reprendre le contrôle de l’autre personnage, de l’écarter un peu de la trajectoire, et de reprendre à nouveau les commandes du premier personnage pour passer cette fois sans souci. C’est un procédé un peu contraignant, mais ça n’arrive qu’à un seul moment dans le jeu.
Ankh-lume ?
Ce qui est un peu plus embêtant par contre, et qui constitue le plus gros point noir du jeu est sa faible, très faible durée de vie. Les habitués des jeux d’aventure ne mettront pas plus de 10 heures à le boucler entièrement. Ce qui est très peu, même en cette période où la durée de vie des jeux en général se réduit comme peau de chagrin. Sans vouloir entrer dans des statistiques précises, sachez que la moyenne actuelle tourne entre 15 et 20 heures, donc là on en vient à des niveaux inquiétants. 40 € (prix approximatif d’Ankh à sa sortie) pour 10 heures, même si ce sont 10 heures de grand plaisir, ça commence à faire cher la minute ! C’est pour cette raison que le jeu ne pourra pas figurer parmi les hits incontestables, mais seulement en valeur sûre, ce qui est déjà pas si mal.
Ankh-onclusion
Pour faire simple, il y a 2 catégories de joueurs de jeux d’aventure, même si certains peuvent naviguer indifféremment dans les 2 il est vrai. D’un côté, les adeptes de point and click sans trop de prises de tête au niveau énigmes, avec une histoire de fond pour s’amuser ou s’évader. C’est incontestablement à ces derniers que Ankh s’adresse. Par contre, les joueurs plus exigeants sur le niveau de difficulté et préférant les casse-tête à la Myst seront déçus, car le jeu est d’un niveau de difficulté assez facile, et ils le termineront en un tour de main sans avoir véritablement fait chauffer leurs cellules grises.
Synthèse
Les Plus
Les Moins
- Un hommage respectueux à la série des « Monkey Island »
- Graphismes très colorés et fourmillant de détails
- Beaucoup d’humour, de références ludiques, cinématographiques et d’anachronismes
- Voix de très grande qualité
- 3D bien maîtrisée
- Enigmes très logiques
- Jeu sans aucune violence
- L’incarnation en alternance des 2 héros pendant un chapitre entier
- Beaucoup trop court
- Un peu trop facile
- Nombreux chargements entre chaque décor même s’ils ne sont pas très longs
- Quelques problèmes de pathfinding dans la scène où on alterne les 2 personnages
- Voix non synchronisées avec le mouvement des lèvres
- 10 cases de sauvegarde seulement
- 3 ou 4 répliques muettes : on a le sous-titre mais pas de voix
Cette démo est entièrement en français et se déroule durant le premier chapitre du jeu. Le joueur incarne Assil, qui vient d'embarquer sur un bateau pour traverser le Nil.
Malheureusement pour lui, la traversée ne se déroule pas aussi bien que prévu...
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