Certains ont peut-être entendu parler de Penumbra, un myst-like matiné de Survival Horror. Barrow Hill joue dans la même catégorie, mais se réclamerait plus de The Blairwitch Project et La couleur tombée du ciel que de Silent Hill et La Colline a des yeux. Tombé en rade en plein milieu de nulle part, le joueur se retrouve prisonnier d’un mystérieux champ de force qui l’empêche de quitter les lieux. Poussé malgré lui à explorer les environs, il parvient à une station service abandonnée, après avoir avancé à tâton dans l’obscurité pendant quelques minutes. Comme un papillon attiré par une lampe, le joueur rejoint rapidement l’endroit, dans l’espoir inavoué de trouver de la compagnie. Un espoir rapidement brisé par le constat suivant : en dehors du pauvre Ben, un jeune homme devenu à moitié fou, les environs semblent avoir été entièrement désertés, si tant est qu’il y eut jamais personne. Et de partir à la recherche d’une porte de sortie, d’un moyen d’échapper à cet environnement qui ne veut pas du joueur, et qui pourtant l’y maintient.
C’est là un des ressorts les plus subtils de Barrow Hill : lieux plongés dans les ténèbres qu’il est impossible d’explorer sans torche, nombreux objets à récolter mais sans utilité apparente, personnages en quête de soutien mais profondément fermés à la communication (que ce soit Ben, l’autiste enfermé dans son bureau, ou Emma, l’animatrice radio injoignable). Le terrain de jeu proposé dans Barrow Hill s’avère hostile à la présence du joueur, mais ce dernier n’est jamais (ou si rarement) menacé directement. Tout se passe plutôt comme si les forces en présence cherchaient à l’épuiser, à multiplier les occasions de tourner en rond.
L’expérience Barrow Hill n’en est pas répétitive pour autant. Si tout semble fait pour décourager le joueur, le caractère oppressant des environnements contribue à le maintenir sous tension, éveillé par le sentiment d’une menace non localisable, et cependant toujours prégnante. Si le soft peut se définir comme un catalogue de diapositives (on progresse d’image fixe en image fixe) et si on doit lui reprocher le manque de finesse des décors, Barrow Hill brille par son ambiance. Impossible d’avancer au milieu des fougères et des branches d’arbre sans se sentir épié, sans craindre à tout moment d’être attrappé par l’épaule. Impossible de parcourir les marécages, après avoir trouvé les restes fumant d’une nouvelle victime, sans se retourner régulièrement pour vérifier si rien ne bouge derrière les roseaux. Toujours à la frontière entre épouvante et horreur, Barrow Hill est une expérience dérangeante dont on ne sort pas indifférent. L’environnement sonore y est pour beaucoup, à commencer par la chaîne de radio des environs, une radio jazz agrémentée des commentaires doucement inquiétants d’Emma, l’animatrice aux commandes. L’ensemble des bruitages est de très bonne facture, et la voix de Ben, votre autre compagnon dans cette très longue nuit, particulièrement bien doublée.