À la vue d’un jeu adapté d’un blockbuster hollywoodien, un gamer reste souvent perplexe. Un sentiment compréhensible aux vues des nombreuses, très nombreuses déceptions qu’a pu apporter le genre. L’un des meilleurs exemples étant bien sûr l’horripilant Enter the Matrix, qui a fait crier d’horreur les fans de la trilogie des frères Washowsky.
La sortie prochaine du remake de King Kong n’échappe donc pas à la règle des adaptations vidéos ludiques. Et les bonnes impressions données par les vidéos et screenshots disponibles depuis des mois ne demandent qu’à être confirmées. Le jeu sera t-il lui aussi une déception ? Allez, courage, on se lance !
Lorsque Peter Jackson se lance dans la réalisation de son King Kong, le développement du jeu vidéo le pousse à faire un choix. La création des jeux adaptés de la trilogie du Seigneur des Anneaux avait été confiée à Electronic Arts. Et si le résultat était de manière générale assez bon, il ne répondait pas suffisamment aux attentes du réalisateur à barbe. Le développement du projet King Kong est donc confié à une autre société, Ubisoft, et à sa figure de proue, Michel Ancel. C’est ainsi que le père de « Rayman » et de « Beyond Good and Evil » hérite du bébé.
Très vite, l’homme qui fait la fierté du jeu vidéo français annonce vouloir faire de King Kong un jeu « différent ». Certains diront qu’on a à chaque fois droit au même discours, mais dans la bouche de certaines personnes, le mot différent prend tout son sens. Ancel ne veut pas faire du soft un simple de jeu de castagne où le héros, grand, poilu et musclé, avance tête baissée en castagnant furieusement tous ceux qui auront la malchance de croiser son chemin. Non ! Ancel veut que le joueur se sente impliqué au-delà des images. Il veut que le gamer se sente flatté par le regard de la jeune héroïne blonde, comme il en va de Kong.
Le jeu sera donc « différent » ou ne sera pas.
Le safari de la mort (non, ce n’est pas un film de Steven Seagal !)
Après avoir installé les 1.5 giga que pèse le jeu, on atterrit sur un menu très sobre, le jeu devant sortir sur consoles comme sur PC. Pour commencer le périple, on a droit à la première partie de la bande annonce du film. L’histoire en bref : Carl Denham, réalisateur lâché par ses producteurs, décide de partir tourner le film de la dernière chance sur une île mystérieuse dont il a trouvé les coordonnées. In-extremis, il trouve son héroïne en la personne de Ann Darrow, comédienne au chômage. Plus tard, le bateau de nos héros vient s’échouer sur la sombre île de Skull. Le jeu commence alors réellement.
Dans la peau de Jack Driscoll, joué dans le film par Adrian Brodi, vous vous trouvez dans une chaloupe en train d’être mise à l’eau. Alors que la tempête fait rage, votre bateau chavire suite à une chute de rocher. Vous vous réveillez sur une petite plage sous une falaise menaçante. Isolé du bateau, vous partez avec vos compagnons à la recherche d’un plan d’eau à l’intérieur des terres, où votre hydravion pourra venir se poser. Après avoir tué quelques crabes géants, Ann s’essaye à son rôle en poussant un cri d’épouvante. Un terrible rugissement se fait alors entendre, faisant même trembler votre champ de vision.
Moi, ce héros !
Dès cet instant, on prend la mesure de ce qui est probablement la plus belle réussite de King Kong : l’immersion. On se sent plongé dans l’aventure de manière étonnante. Pourquoi ?
Tout d’abord la vue. Sa subjectivité est renforcée par des barres 16/9 qui donne au joueur la sensation d’être en permanence face à une cinématique. Ce qui nous fait presque oublier l’impression de jouer.
Autre secret de cette impression d’immersion : l’absence totale de tout indicateur de santé, d’armure ou de munitions. C’est le personnage de Jack, en se parlant à lui-même, qui vous dit tout ce que vous avez à savoir. « Il va falloir que je recharge ! », « Deux chargeurs en réserve » ou « plus qu’une balle » sont des phrases que vous entendrez très régulièrement.
Parmi la foule d’autres petites choses qui vous font plonger dans l’ambiance du jeu, il y a également le fait de devoir viser avec l’index de sa main gauche quand on veut jeter une lance de sa main droite. Car le jeu, par défaut, n’offre aucune réticule au joueur. Ce mode de visée « fait-main » fonctionne en deux étapes en deux étapes. On appuie d’abord sur Espace pour mettre en joue, puis on effectue un clic droit pour enclencher le mode précision.
Problèmes de fuite ?
En avançant dans le jeu, on rencontre des ennemis aux tailles croissantes, tous redoutables à leur manière. Par exemple les scolopendres, sortes de chenilles aux griffes acérées se déplaçant sur murs et plafonds. Ne soyez pas trop content de les entendre arriver, car c’est souvent qu’elles sont déjà derrière vous prêtes à frapper. Autres locataires de l’île ne faisant pas dans la dentelle : les Venatosaures. Ce sont des Vélociraptors faisant votre taille et se déplaçant suffisamment rapidement pour vous donner quelques sueurs froides. La chose la plus surprenante à leur sujet est qu’il est possible de les tuer d’un seul jet bien placé de lance troglodyte. Une chance de survivre qu’il faut savoir prendre au vol.
Le plus grand et le plus puissant ennemi que vous aurez à affronter n’est autre que le V-Rex. « Pourquoi pas T-Rex ? » direz-vous. C’est une bonne question, mais il n’est pas pour autant conseillé de vous arrêter pour la poser à l’un d’entre eux. Car face à un V-Rex, la seule solution reste la fuite.
Non seulement immenses, les tyrannosaures sont aussi extrêmement hargneux. Ils se déplacent aussi rapidement que bruyamment, vous déstabilisent le champ de vision en poussant des rugissements gargantuesque, et surtout les balles leurs font autant d’effet qu’une boulette de papier sur un mur de brique. Votre seule chance d’éviter tout machouillement fatale est donc de fuir après avoir détourner leur attention. Le meilleur moyen étant de tuer un animal plus petit en espérant qu’il suffira à repaître le Rex, ce qui, en général, vous laisse tout juste le temps de trouver une issue de secours. C’est dans ces situations que l’on est un peu déçu de la lenteur des déplacements de Jack. Face à un tyrannosaure, n’importe qui irait trois fois plus vite.
Le Retour du Roi Kong
Il est le grand, le puissant, le monumental héros de ce jeu. Kong, de ses huit mètres de haut tout en muscle, est la véritable attraction du jeu. Si bien qu’on attend avec impatience le moment où l’on va pouvoir prendre le contrôle du roi primate. Et on attend. Et on attend encore. Et finalement, alors qu’Ann se fait enlever par une immense créature ailée. Jack restant impuissant, Kong prend la relève. On est d’entrée agréablement surpris par les mouvements du singe. Ils sont fluides et réalistes : on en attendait pas moins. Pour poursuivre la bête volante, Kong doit se balancer de troncs en troncs (car quand on fait huit mètres, une simple branche ne suffit plus). Des inscriptions vous indiquent au fur et à mesure la marche à suivre pour les déplacements, qui sont faciles à exécuter. Une expérience qui laisse cependant une impression de déjà vu aux joueurs de Prince of Persia.
Mais ce qui est le plus fun lorsqu’on est Kong, c’est de castagner du monstre. Et là, autant vous dire que ni le joueur ni les bêtes que Kong explosent à tour de bras ne vont regretter le voyage. Kong fait preuve d’une puissance démesurée et envoie valdinguer les Vénatosaures comme on écarte les mouches des plats pendant un pique-nique. La molette permet de déclencher le mode Furie : Kong se frappe la poitrine en lançant un hurlement de colère, et il vous suffit d’appuyer sur espace pour que Kong frappe le sol de ses deux mains, envoyant valser tous ceux se trouvant trop près. Mais ce n’est pas tout. Lorsque qu’un de vos ennemis est à terre, vous avez la possibilité de vous en saisir afin de l’étrangler ou de lui briser la mâchoire. Une attaque dont la poésie ne vous aura pas échappé, et que dont le succès dépend de votre capacité à cliquer en rafale sur votre souris.
Ben… il est où, Kong ?
Parler des phases de Kong nous amène à aborder la principale déception de ce jeu : on ne joue pas assez avec Kong. Les phases de jeu où l’on prend le contrôle de l’immense gorille ne sont désespérément pas assez nombreuses. Sur la cinquantaine de niveau que constitue le jeu, on incarne Kong tout au plus une dizaine de fois. Un constat assez énervant d’autant que ces phases de jeu sont les plus funs de tout le soft. On reste donc immanquablement sur sa fin, car on aurait espéré pouvoir devenir un peu plus souvent le héros principal du film.
Une fois qu’on retourne dans la peau de Jack après seulement un niveau dans celle de Kong, la déception fait rage. Les phases jeu de Jack perdent peu à peu de leur saveur, car répétitives. Elles consistent à avancer, tuer les ennemis en économisant au maximum ses munitions, trouver des leviers pour ouvrir des portes, et brûler des buissons épineux pour vous libérer le passage. Seuls quelques décors viennent casser le rythme. Par exemple un niveau où l’on croise un troupeau d’immenses diplodocus, et que l’on doit traverser en passant sur un mince pont de bois. Mais pour le reste, les niveaux sont « bateaux » car tous semblables. On avance dans des espaces restreints afin d’atteindre un autre espace restreint, et ainsi de suite. King Kong reste un jeu extrêmement linéaire. On finit donc au bout d’un moment par avancer sans trop se soucier du déroulement de l’histoire.
A mort le Roi ?
Parlons maintenant de l’aspect graphique du jeu, sur lequel il y a beaucoup à dire. Les images lancées par Ubisoft sur le net nous laissaient espérer une réalisation belle et colorée, rappelant celle de Far Cry. L’ambiance étant la même (une jungle verdoyante bien que plus sombre) il était logique de s’attendre à un résultat grisant.
Et bien vous allez être déçus. Dès les premières images, on est choqué par l’aspect console des images. Elles sont peu détaillées, les textures n’ont, d’évidence, pas fait l’objet d’un travail approfondi, et les modèles graphiques sont on ne peut plus basiques. Le sentiment d’immersion évoqué plus haut fonctionne grâce aux aménagements du gameplay. Aussi réussi soient ces derniers, cela compense tout juste la qualité très moyenne des images du jeu. Aux vues de ce qui se fait actuellement sur PC, King Kong donne l’impression de nous ramener au niveau graphique standard d’y il a plusieurs années. Certes, le jeu est prévu pour passer sur toutes les consoles, mais on aurait pu espérer un travail plus aboutit. La déception est grande.
Une fois le jeu finit, on met à jour une autre grosse faille du jeu : sa durée de vie. On n’atteint pas la dizaine d’heures. Certes, au fur et à mesure, vous débloquez différents modes de jeu, comme la possibilité de jouer en noir et blanc, façon film des années 30. Mais ces bonus très accessoires ne font que souligner un peu plus cette durée beaucoup trop réduite. Tout gamer sait que quand on lui sert plusieurs fois le même plat à des sauces différentes, c’est uniquement pour faire oublier l’étroitesse du menu.
Si seulement!
Voilà deux mots qui résument bien le sentiment général une fois le jeu terminé. Si seulement les graphismes avaient été mieux travaillés ! Si seulement les niveaux étaient plus innovants ! Si seulement le jeu durait plus longtemps ! Si seulement on incarnait Kong un peu plus ! On pouvait s'attendre à infiniment mieux venant de Michel Ancel, qui assurait vouloir faire de King Kong un jeu à part. Un acte manqué assez terrible donc, sur un matériaux de base qui aurait pu donner infiniment plus de profondeur au soft.
Non pas que King Kong soit un mauvais jeu. Comme cela a été dit plus haut, les passages du cinéma aux jeux vidéo ont donné naissance à de véritables abominations vidéo ludiques. King Kong sort, pour sa part, du panier par d’excellentes idées qui le sauvent de la catastrophe.
Il reste cependant une très grosse déception. Le jeu se laisse pleinement apprécier et se montre divertissant. Il est déroutant, à la fois par son environnement particulier, et par son gameplay très personnel. Mais si le jeu est plaisant, il ne laissera à personne un souvenir impérissable.
Reste à espérer que le film de Peter Jackson soit d'une toute autre trempe.
Synthèse
Les Plus
Les Moins
- Un procédé d’immersion aussi innovant qu’efficace
- Des niveaux avec Kong extrêmement fun
- Une environnement de jeu peu commun
- Des graphismes très décevants
- Une linéarité des niveaux énervante
- Des niveaux avec Kong extrêmement rare
- Une durée de vie bien trop courte
Démo qui permet de jouer deux missions, l'une en tant que Jack Driscoll poursuivi par un T-rex, l'autre en tant que King Kong poursuivant trois T-rex...
kikoo
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