Comme nous vous l'avions dit lors de la preview, Spec Ops : The Line n'est pas le titre le plus attendu de 2K Games. Et pourtant. Loin d'être un banal TPS à couloir option guerre moderne, le titre développé par Yager possède une chose que ces petits camarades sont loin de posséder : un scénario. Et quel scénario. Riche, prenant, loin des habituels clichés du genre, il guidera le joueur sur des sentiers peu usités dans le jeu vidéo. Tour d'horizon d'un petit TPS qui à tout des grands.
No more heroes
Dubaï n'est plus. Cette Babylone des temps modernes narguant le désert par son faste et son extravagance, a finalement du plier sous les assauts incessants de ce dernier. Ses tours, qui jadis défiaient fièrement les cieux, dorment désormais sous un linceul de sable. Ses habitants, autrefois plein d'insouciances, doivent désormais faire face à la dure réalité d'une vie sans confort, ou la survie prime sur le reste. En six mois, la grandeur de Dubaï a donc été réduite à néant par la puissance de dame nature, pliant sous le joug de tempêtes de sables sans précédent. La ville n'est plus que chaos désormais, et c'est dans cette ambiance apocalyptique que débarquent trois hommes de la Force Delta, une unité d'élite des forces spéciales américaines. Leur mission ? Evaluer la situation, aider les civils si possible, et surtout, retrouver la trace du Colonel Konrad, chef du 33ème régiment d'infanterie et affectueusement surnommés "Les Damnés". Mais comme on peut s'en douter, les choses ne sont pas aussi simples qu'il y paraît, et ce qui se présentait comme une banale mission de sauvetage va vite tourner à l'horreur. Car Dubaï a changé, pour devenir une véritable zone de guerre au sein de laquelle s'affrontent les Damnés, des civils ayant pris les armes, et même la CIA. Sans dévoiler l'intrigue plus en avant, sachez que le scénario s'avère rudement bien ficelé, avec force rebondissements, et au final, quelques bonnes surprises.
Car aussi étrange que cela puisse paraître pour un TPS à vocation guerrière, le scénario n'est pas qu'un simple prétexte à des séquences de tirs qui s'enchaînent bêtement. Véritable point fort de Spec Ops : The Line, la narration entraîne le joueur dans les méandres de l'esprit de nos trois soldats. Présentés comme des sauveurs au départ, propre sur eux et plein de morgue, on pourra voir cet état de fait se dégrader au fur et à mesure de leurs pérégrinations. Chapitre après chapitres, les stigmates des batailles s'inscriront aussi bien dans leurs chairs que dans leurs âmes, créant tensions, violence et interrogations. Et ils seront nombreux ces stigmates, car nos trois lascars vont avoir fort à faire. Entre les accrochages avec diverses factions, les choix cornéliens impliqués par leur mission et leurs propres démons intérieurs, les situations à haut risques seront légions. Très risquée, cette orientation vers la psyché des personnages plus que l'action pure et dure, s'avère au final payante. Loin de céder à la facilité, mais sans jamais tomber dans le jugement, le scénario place le joueur devant des choix parfois très durs, et ou le sens moral est mis à rude épreuve. Sauvera-t-on d'innocents civils, ou privilégiera-t-on cet agent de la CIA possédant des informations capitales pour le reste de la mission ? Cédera-t-on à la facilité en bombardant sans trêves le camp ennemi, au risque d'occasionner des dommages collatéraux ? Cette question du choix moral se retrouve même les plus infimes détails. Ainsi, les ennemis ne lâcheront leurs armes qu'une fois morts. Or à la fin de bien des échanges de tirs, ces derniers continueront à vivre, blessés, se traînant au sol et gémissant. Au joueur alors, de choisir ou non d'abréger leur souffrance pour récupérer quelques précieuse munitions. Ces choix, du plus infimes au plus capital, structureront l'expérience de jeu, et auront un impact direct sur la fin du jeu, car dans Spec Ops : The Line, on ne vous laissera pas oublier vos décisions.
Si la narration reste l'élément central de ce Spec Ops, elle peut s'appuyer sur une réalisation parfaitement maîtrisée. A commencer par la bande son, qui vient en permanence accompagner l'action, prenant de la puissance dès lors que les hostilités débutent, pour s'apaiser dans les moments les plus calmes. Et quelle bande son ! Avec ses sonorités rock seventies, elle amène lors des gunfights une nervosité bienvenue. Les distorsions, typiques de cette époque (comme chez Hendrix ou Led Zeppelin), viennent aussi souligner à merveille le côté dérangeant qui s'installe tout au long de l'histoire, cette folie qui vient petit à petit à gagner les personnages. La partie graphique est dans la même veine. Les extérieurs, tout en ocres, bruns et jaunes, se déploient avec majesté, tout en évitant l'écueil de la monotonie visuelle propre à de nombreux jeux actuels. Le désert s'y déploie dans toute sa majesté, sans que son omniprésence ne soit un fardeau. Les ruines ensablées succèdent aux dunes, et ce à divers moment de la journée, et les tempêtes qui accablent parfois les personnages, viennent agréablement varier les paysages. Les ruines valent aussi le détour. Omniprésentes, que ce soit en arrière-plan ou au cœur de l'action, elle se parent de milles couleurs, tantôt passées, tantôt vivaces, renouvelant toujours le décors, et rappelant parfois les échos de la Rapture de Bioshock. La mise en scène enfin, vient clôturer le bal de cette réalisation léchée. Très cinématographique, utilisant toutes les techniques de cadrages possibles avec justesse, elle offre tour à tour des séquences haletantes et furieuses, avant de céder la place à des scènes beaucoup plus psychologiques. Et c'est là que le jeu frappe une nouvelle fois. Car dans la plupart des TPS, Gears of War en tête, les personnages foncent dans le tas, dégomment des aliens/nazis/zombis/vilains terroristes par douzaines, lâchent une bonne vanne et continuent leur chemin. Ici, les personnages doivent affronter leurs anciens camarades, des soldats comme eux, pire, d'autres américains. Les dialogues qui en découlent sont alors graves, pleins d'interrogations, et joués avec justesse, en dépit d'une synchronisation labiale à la ramasse en VF. Ainsi, si Spec Ops : The Line se place bien au dessus de ses compères TPS grâce à sa narration, le reste s'avère, lui, beaucoup plus classique.
1 avis a été déposé sur Spec Ops: The Line Xbox 360 :
Une vision torturée de la guerre, ça me fait vraiment penser à Apocalipse Now . A quel moment franchit on la ligne de la folie ?...

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