Voilà qui aurait été le plus sincère (et le plus efficace ?) argument marketing à sortir au lancement du jeu. Assommer les ennemis, dissimuler les corps, employer des leurres, ramper à la limite extrême du champ de vision, c’est en suivant fidèlement les traces de son prédécesseur que le titre de Spellbound parvient à gagner le respect du joueur. Eh oui, Desperados ne procure jamais autant de plaisir que lorsqu’il nous fait retrouver celui de Commandos. Visiblement construits sous tutelle, les niveaux sont architecturés dans le même esprit : riches de très nombreux batîments, majoritairement contrôlés par l’ennemi. Au joueur de trouver la faille, d’ouvrir une brèche dans la défense,s oit en éliminant un garde isolé, soit en s’infiltrant au moment où personne ne regarde. Au premier abord, on ne peut donc manquer d’être écrasé par un sentiment d’impuissance : comment parvenir, avec une poignée d’hommes, à s’infiltrer dans ces forteresses où chacun porte un œil sur son voisin, où la moindre zone de terrain semble être surveillée par plusieurs garde-chiourmes. Au premier impair, l’alerte est lancée, les saloons déversent des dizaines de banditos supplémentaires, rendant la difficulté entre plus élevée qu’avant. Comment lutter contre cette machine parfaitement huilée ? Même thèse que dans Commandos (un grain de sable peut enrayer la machine toute entière) ? Pas sûr. Si Desperados permet à l’adepte d’infiltration d’agir en douceur, il s’avère finalement bien moins subtil que son prédécesseur. Rapidement, on s’aperçoit en effet que chacun des personnages proposés possède à lui tout seul un haut potentiel létal. Conséquence d’une thématique entretenant forcément des affinités avec le bourrinage ? Sans doute. Reste que la possibilité de réaliser des combos meurtriers perd au joueur de bouleverser sans trop de crainte l’équilibre des forces qu’il affronte, sans risquer de véritables représailles. La fonctionnalité quick time action (paradoxalement, la meilleure innovation du jeu) permet en effet de préparer une action pour chaque personnage puis de les lancer simultanément. L’outil s’avère rapidement très utile, et même indispensable. Malheureusement, la trop grande puissance de feu attribuée à chaque personnage en fait presque un cheat code. Il suffit de préparer sa dynamique, le six-coups de cooper, de poser un serpent sur le chemin et de positionner son sniper au bon endroit pour nettoyer en quelques secondes toute une zone de la carte. D’ici à ce que les renforts arrivent, on aura déguerpi, et vu le nombre de pertes encaissées par l’ennemi, l’ennemi peut toujours ajouter une ou deux patrouille, on s’en sort tout de même gagnant. Et même s’il reste possible d’agir à l’ancienne, le plaisir s’en trouve terni, le joueur sachant qu’il lui est plus risqué d’employer l’infiltration plutôt que la confrontation directe.
Les gars de chez Spellbound devaient forcément avoir conscience d’agir en bons traditionnalistes et c’est sans doute pour contrebalancer cet aspect qu’ils décidèrent de proposer des élements de gameplay absents de Commandos. A commencer par la présence d’un didacticiel à chaque nouveau recrutement. Dès qu’un nouveau membre rejoint votre équipe, vous aurez droit à une phase d’explication jouable au cours de laquelle vous apprendrez à manier les aptitudes de ce personnage. Une idée assez louable, qui permet de s’essayer à différentes combinaisons avant la véritable mission. Autre innovation, bien moins convaincante : l’intégration d’une scéance de duel entre Cooper et le grand méchant, à la toute fin du jeu. Un duel qui se déroule en intérieur, dans un décor en carton-pâte, et doté d’un gameplay sans aucun rapport avec les mécanismes maîtrisés tout au long de la partie. On cherche encore à comprendre la raison d’être de cette scène (proposer au joueur un vrai duel, démontrer par l’exemple l’incapacité du développeur à innover avec brio , l’énigme reste entière).
Que retenir de Desperados. Qu’il est un très bon jeu, tant qu’il se contente de suivre le chemin balisé par Pyros. Qu’il aurait pu être médiocre, s’il aurait comporté plus d’innovations. Moins subtil, forcément plus grand public, il n’en reste pas moins la meilleure bonne alternative au mythique Commandos. Pour peu que les westerns emportent votre sympathie, allez-y les yeux fermés, vous ne le regretterez pas, dotant que question durée de vie, ça assure plutôt bien.
Un jeu que l’on trouve à un prix tellement modique qu’il serait dommage de ne pas se le procurer. La meilleure alternative à Commandos : un leveld esign réussi, pas mal de scènes cinématiques façon « Sergio Leone », six personnages aux aptitudes fort diverses et une intrigue plutôt réussie, foncez !