Graphiquement, Call of Cthulhu n’est pas vraiment mauvais, même s’il reste encore très loin des ténors actuels… Certes, les décors sont un peu cubiques, les textures pas véritablement diversifiées, et les visages des personnages se ressemblent énormément, mais l’animation est quant à elle plutôt agréable à regarder. L’avantage, c’est que le jeu n’est pas gourmand du tout, et tournera sur la plupart des configurations, même les plus modestes (enfin, pas trop non plus hein, laissez le vieux PII 450 à votre grand-mère qui s’éclate à la dame de pique…). La palette de couleur terne donne un côté dégoulinant à l’environnement, comme si la ville elle-même fondait sous la pluie battante. Qui plus est, les développeurs ont donné un aspect granuleux à l’image, innovation artistique qu’on ne peut que saluer, et qui embellit considérablement le titre.
De plus, afin que vous profitiez pleinement du spectacle, on peut constater l’absence totale d’interface. A l’écran, il n’y a donc que vous et votre environnement. Point de HUD avec votre niveau de vie ou votre nombre de munitions : tout ceci se retrouve planqué et accessible via une touche : à partir de l’écran affiché, vous pourrez panser vos blessures, utiliser un objet, ou bien stocker vos balles. Car votre bourse n’est pas un sac sans fond, et il faudra à un moment laisser certaines choses de côté. La résolution des énigmes passera d’ailleurs souvent par cet écran, afin que vous puissiez consulter un maximum d’informations. Informations répertoriées dans les différents journaux que vous collecterez au fur et à mesure de votre aventure. Faites attention à chaque petit détail : même les dates sont importantes (non non, ceci n’est pas un début de soluce...), et les fans seront comblés, la littérature collectée apportant certes moult indices, mais aussi quelques textes qui enrichissent le background.
Hélas, le jeu semblait bien parti pour décrocher une excellente note, mais ça commence à se gâter avec l’Intelligence Artificielle : elle est tout bonnement nulle. C’est vraiment inadmissible qu’une telle faute de mauvais goût s’immisce dans un tableau presque parfait. Il est vrai que le jeu est construit de telle sorte que l’IA n’aura pas souvent à intervenir, mais c’est tout bonnement scandaleux de pouvoir rester blotti dans un coin, avec trois gardes déchaînés autour de soi, incapables de vous décocher une balle dans la caboche alors que le canon de leur fusil touche presque votre petite tête blonde ! Lors de certains passages, vous serez obligés de vous la jouer discrète…toutefois, et on ne peut que le regretter, il existe aussi une solution un peu plus simple : vous courrez à travers vos adversaires en sautant de-ci, de-là, et souvent vous réussirez à arriver à destination sans quasiment vous faire toucher.
Call of Cthulhu avait su exploiter un excellent gameplay en début de partie : la fuite. Désarmé, la seule solution était de bloquer les issues les unes après les autres, et courir, abasourdi par les cognements, les grondements, les tirs et les voix résonnants à vos oreilles… La trouvaille était fantastique, et les moments très intenses. Malheureusement, la possibilité d’utiliser un fusil à pompe au bout de quelques heures fait basculer le titre dans une logique plus… bourrine ! Certes, les énigmes seront encore nombreuses, mais il est dommage de voir gâchée une si bonne idée aussi rapidement. D’autant que la maniabilité n’est pas optimale, et l’utilisation d’armes à feu assez difficile… mais bon, les habitants d’Innsmouth étant tellement stupides, il suffit de se rapprocher quasiment à bout portant, et boum ! Dommage, vraiment dommage.