Il faisait noir comme un four dans cette cave. Je versais la réserve d'huile dans la lampe et craquais une allumette. Au fond de la pièce, j'aperçu une vieille affiche. Je décidais de la voir de plus près et dépassais chemin faisant un alignement de trois tonneaux dans chacun desquels un éléphant aurait pu se nicher. Je retournais le coin décollé de l'affiche pour voir ce qui se cachait derrière l'accorte demoiselle peinte avec force détails par un artiste boutonneux. Je pus lire un texte griffonné d'une main malhabile :
"Burris, vieille crapule, passe par le tonneau et amène
une bouteille dans ma cellule ! - Le Gaucher".
La cave communiquait donc avec la prison ! Il suffisait de trouver le bon tonneau ! Je pris la canne qui était suspendue à un clou tout en évaluant la situation. Deux tonneaux étaient sûrement piégés. Mon instinct me disait que "Le Gaucher" n'était pas un nom, mais un indice. Le Gaucher. Le tonneau de gauche. Ou alors c'était ce que l'on voulait me faire croire... J'inspirais profondément et décidais de tenter ma chance avec le tonneau de droite ! J'eus beau le maudire, crier "Abracadabra" et le rouer de coups, rien ne se produisit. Il était scellé.
Le tonneau du centre dégageait une odeur si fétide, si reptilienne, que je préférais ne pas m'en approcher de trop près. Je reportais mes efforts sur le tonneau de gauche, comme j'en avais eu initialement l'intention. Il s'ouvrit. Mais le tonneau central s'ouvrit en même temps ! La gueule d'un serpent gros comme un hippopotame en émergea ! Les crocs luisants de venin tentèrent de me câliner ! Et le tonneau de gauche regorgeait de serpents à sonnette ! Atchic atchic... Atchic atchic ? Le bruit me fit aussitôt penser à la maracas trouvée dans le saloon. Je l'agitais désespérément ! Les crotales rampèrent autour de mes chevilles sans me mordre. Sauvé ! Je m'engouffrais dans le baril de gauche sans perdre une seconde !