L'antique saloon avait été aménagé en salle de projection par l'équipe du "Dernier Ranger". Je m'approchais du projecteur qui trônait sur une table. Une bobine de film était placée dans le chargeur. Je versais le contenu du bidon d'essence dans le groupe électrogène auquel était raccordé le projecteur et eus droit à une petite projection privée : sur l'écran, un grouillot anonyme fit claquer un clap, et je vis un cavalier s'avancer dans la rue principale de Slaughter Gulch. Je reconnus Billy Silver, la coqueluche de Hollywood ! Une silhouette fantomatique s'enroula soudain autour de l'idole des midinettes et le désarçonna ! Le corps de Silver fut agité de soubresauts avant de s'immobiliser ! Un homme en bras de chemise entra en courant dans le champ. De toute évidence, la mort de Billy Silver n'était pas écrite dans le script !
L'image s'arrêta en tremblotant.
Moi pas.
A ce moment, un hennissement me fit sursauter. Le cheval que je venais de voir dans le film se cabra dans la rue, les yeux fous. S'agissait-il de la monture de Billy Silver ? J'en doutais. Et je ne tenais pas à m'en assurer. Trop de choses mortes dans cette ville ne l'étaient pas vraiment...
Sur une table, je trouvais une clef. Sur une estrade que de nombreux talons avaient dû piétiner, j'aperçu une maracas. Atchic atchic ! Dans un coin de la pièce, derrière le projecteur, je m'emparais d'une réserve d'huile. Sous l'escalier brisé, je ramassais une boîte d'allumettes. Aucun brocanteur ne m'aurait donné un dollar de l'ensemble...
Je passais derrière le comptoir. Parmi les bouteilles, je repérais une fiole. Je la bus pour prendre des forces en prévision de la nuit, qui s'annonçait dure. Je mis également la main sur une bouteille d'alcool de bois, mais je ne m'avisais pas de la boire ! Ce genre de tord-boyaux pouvait assommer un honnête homme ! Une troisième bouteille ne contenait aucun liquide suspect. Je la brisais et récupérais le jeton qu'elle contenait.
A ce moment, l'enfer se déchaîna, comme auraient écrit les journalistes du Mystery Examiner. On tirait sur moi à travers la balustrade qui surplombait le bar ! Je pris du champ et me plaçais dos à l'estrade pour faire face à mon adversaire. Mon 38 spécial aboya et envoya à Satan un nouveau client qui ne possédait pas de billet de retour.
Je me dirigeais vers le piano mécanique placé contre un mur. La musique adoucit les morts, ou quelque chose comme ça, non ? J'insérais le jeton dans le piano mécanique, et celui-ci commença aussitôt à jouer une vieille ballade. Venue de nulle part, une voix spectrale se mit à réciter quelques couplets par-dessus la musique :
Un nommé Stone vint dans le Champ des Braves :
Plongeant ses mains dans la terre Mojave,
l'homme en retira un grand aigle d'or ;
des environs, tous accoururent alors.
Mais après onze jours et onze nuits,
armés de pioches, de pelles et de fusils,
les hommes aux yeux fous se sont déchaînés !
Dans le sang, Slaughter Gulch était née !
Vint alors le vieux vendeur d'eau-de-vie,
qui n'était pas né de la dernière pluie :
avec son crâne de buffalo piégé,
sa cave il s'empressa de protéger !
Et après onze jours et onze nuits,
à la tête d'un ramassis de bandits,
le sheriff Jack Dawson fit son entrée ;
à Jed Stone, il jura fidélité !
Le piano mécanique s'arrêta net. Un claquement sec se fit entendre sur le côté. L'arme au poing, je m'approchai. Un petit compartiment secret venait de s'ouvrir et de délivrer son trésor : une lampe à huile. Je la pris avidement. J'avais toujours eu peur du noir, malgré mes airs de dur...
Je revins derrière le bar. Avant que l'autre énergumène ne vînt me déranger, j'avais repéré une trappe dans le plancher. Je me remémorais le troisième couplet de la Ballade de Slaughter Gulch et reportais mon attention sur le crâne de buffle qui décorait le mur. La corne gauche ne me disait rien qui vaille : elle était moins usée que l'autre et déclenchait sans aucun doute un piège. Je ne tenais pas à recevoir une volée de plomb de sitôt. Je poussais donc la corne droite.
La trappe s'ouvrit. Un moustachu sournois en émergea, armé de deux six-coups. Du menu gibier : trop de gomina pour être dangereux. Je m'en débarrassais avec une dragée de calibre 38. Avant d'aller rôtir en enfer, il eut la bonté de me laisser une balle de Winchester en or et un as de carreau.
Je récupérais le tout et me laissais glisser dans la trappe.
Objets trouvés : 1 clé, 1 fiole, 1 jeton dans une bouteille,
1 boîte d'allumettes, 1 lampe à huile,
1 réserve d'huile, 1 maracas, 1 bouteille
d'alcool de bois, 1 balle de Winchester en or,
1 as de carreau.