Je me retrouvais à l'air libre, sur le toit de la prison. La nuit était superbe : le ciel était étoilé et des types qui auraient dû être morts depuis cinquante ans voulaient me trouer la peau ! Je me penchais et récupérais un fouet. Je le fis claquer, en murmurant : "Je vous aurais !".
Quelques mètres plus loin, je frottais mes yeux. Je n'avais pas bu. Je ne buvais jamais. Et pourtant, même cette crapule de Weston n'avait jamais eu de vision semblable à celle qui s'offrait à moi : une sorte de pierre tombale flottait à trois mètres du sol. Elle tournait légèrement sur elle-même, et de son centre partait à intervalle régulier un rayon rouge qui ne me disait rien qui vaille. Je comptais les secondes qui séparaient la fréquence des rayons. Dès que le rayon s'éteignit, je fonçai. Je m'emparais d'un bout de corde de pendu placé sous le monolithe. Certains adeptes du vaudou utilisaient ce genre d'accessoire... Je réprimais un frisson. Plutôt que de défier de nouveau la mort rouge, je contournais paisiblement le rayon mortel.
Quelques mètres plus loin, je tombais nez-à-nez avec l'un des tueurs dont le portrait ornait les avis de recherche : Lone Miner ! Il grimaça un sourire édenté en me voyant et cracha un jet de flammes en guise de bienvenue. Seul un projectile en or pouvait tuer ce rat ? Parfait. Je chargeais tranquillement ma Winchester avec la balle en or laissée par le gominé et fis feu. Mais dans un excès de précipitation, je manquais le monstre à l'haleine brûlante ! Damn ! J'étais plus habitué au maniement du 38 special que de la carabine !
Sans me démonter, je pris le fouet, le fis claquer, et ramenais à moi le sac de pièces d'or que Lone Miner tenait dans une main. D'un geste sec, je déchirais l'étoffe pourrie par les ans et chargeais mon shotgun avec les pièces d'or. Cette fois, je ne le manquais pas !
"Garde la monnaie, rascal !", lâchai-je en guise d'épitaphe. Lone Miner disparut en miaulant. Je récupérais le sac sur lequel son autre main avait été crispée : il était empli de scorpions. J'étais du signe du Scorpion. Un bon signe.
En silence, prêt à ouvrir le feu, je continuais ma progression sur le toit de la prison. Je me retrouvais devant une petite bicoque. Sur le seuil, je ramassais une plaque de fonte équipée d'une chaîne. Je la glissais sous ma chemise. Avec ce petit bijou de quinze livres sur la poitrine, je me sentais bien au chaud.