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Test Victi : Blood Bitterness (PC) : 0/10 sur JeuxVideo.fr



Sortie le 15 Septembre 2006 , PC
Publiée le 08/09/2006 à 00:09, par Hoopy

Test de Victi : Blood Bitterness

Les jeux d’aventure, ce n’est pas ce qui manque en ce moment… Mais il s'agit pour la plupart de suites interminables de séries à succès. Aussi, voir arriver Victi, développé par un collectif de sept professionnels issus de l’univers impitoyable du jeu vidéo, est une lueur d’espoir pour qui espère encore un peu d’originalité et de réelle créativité. Le parti pris graphique est on ne peut plus audacieux, à tel point que certains des pères de ce soft ont tenu à garder l’anonymat de peur qu’il leur nuise. Ils ont tort…

Oppressante forteresse des solitudesRetour au sommaire
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Le Grand Disciple Gomend (en blanc), et ses quatres fils dont vous, Dehon, à droite. Toute la famille des démons au complet.
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Un lieu de culte et de prière.
Dehon se tient droit dans un couloir noir. Son corps est noir, son visage même est noir sous son casque blanc. Graphisme bicolore angoissant. Dehon est noir et blanc sur fond noir et blanc, et au centre de l’écran s’allonge un corps noir et blanc sur une flaque de sang orange. Impossible d’en détourner les yeux : on ne voit que ça. Dehon s’approche et se rappelle, se rappelle avoir dévoré le visage de cet esclave mort, se rappelle de sa souffrance et s’en délecte dans un suprême instant de noirceur. Une incantation, un mot, une porte s’ouvre. A travers les fenêtres blanches, le noir, le néant. Au fond de cette cathédrale du mal, Gomend, le père de Dehon, se meurt en maudissant son tombeau. Ce tombeau, c’est votre sanctuaire.

Dans Victi, le joueur est Dehon, un des quatre disciples d’une caste de démons suprêmes. Votre forteresse dérive accrochée à un astéroïde. A l’intérieur, vous, vos frères, vos morts. Dehors, le Mal. Il n’a pas de forme, il détruit tout, engloutit tout, enrobe tout dans la solitude et le néant. Rien dans l’air, si ce n'est le Mal à perte de vue. Même au cœur de votre forteresse assiégée, le danger rôde. Le Mal est en vous : Dehon, en proie à la folie, perd ses esprits, sa mémoire… Se perd lui même. La promesse est faite sur le lit de mort de son père de parvenir à échapper à ce mal, à sortir de la forteresse. Le défi est lancé de venir à bout du néant, de ne pas se laisser dévorer de l’intérieur, d’être tout simplement et de décider.

Voilà en quelques mot ce qu’est Victi : une histoire complexe, fantastique et inspirée. Un voyage initiatique à la reconquête d’une identité, d’un passé, dans un monde noyé sous le mal, un monde dans lequel ne perce aucun espoir. Ne pas se laisser aller, ne pas se laisser faire, être le plus fort, ou ne rien être du tout.

Explorer l’antre du malRetour au sommaire
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A la croisée des chemins, une tâche de sang écarlate devant une porte à la blancheur suspecte.
A l’heure où bien des jeux tentent l’aventure du réalisme ou du dessin animé « cartoon », Victi, lui, verse dans le comic noir. A ceux à qui ces mots parleraient, les graphismes semblent être un habile croisement entre un Sin City, ville du péché empreinte de manichéisme, et les dessins de Philippe Druillet, que l’on retrouve dans l’architecture et le design des personnages. Gomend, Dehon, Livos, Armon, Python : tous ont le même visage, le même masque froid, métalloïde, tombant pour aborder un monde uniforme fait de noir et de blanc. Un monde tâché de sang rouge écarlate, éclatant comme un rubis en plein jour. L’ambiance de Victi est un tout, un graphisme puissant, malsain, oppressant et simple (simple, pas simpliste), relève une histoire prenante soutenue par une musique glauque, peu fournie en notes, mais lancinante, répétitive, ponctuée de battements de cœur affolés, de respiration haletante, ou de silence. La langue du jeu même est un croisement entre le latin et le vieil anglais. Bien sûr, puisque l’équipe est française, le jeu est sous-titré en français, mais ce langage évite de rendre ridicule les prières ou incantations.

Tout contribue à mettre le joueur mal à l’aise. Etre dans la forteresse, c’est l’enfer ; sortir, c’est pire encore. Mais il ne faut pas croire que Victi se limite au parti pris d’un univers graphique conceptuel à la Tron : il s’agit d’un véritable travail artistique et narratif. Ecrire une histoire, trouver un moyen d’en souligner la puissance, et laisser le joueur la découvrir de l’intérieur.

Point & clickRetour au sommaire
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Onirique et immatériel, "dehors", le Mal engloutit tout et répand son néant.
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Un de vos frères, Livos, empalé sur le mur sanglant.
Nul ne doute que l’on puisse dire de Victi qu’il suscitera des positionnements tranchés, comme pour une œuvre d’art. Preuve en est que comme nous le disions en introduction, certains membres de l’équipe de développement ne veulent pas révéler leur identité. Côté joueurs, certains pénétreront les méandres labyrinthiques de ses créateurs, tandis que d’autres resteront à la porte sans même toucher au jeu. Pourtant, ceux qui oseront franchir le pas découvriront un jeu d’aventure point & click tout ce qu’il y a de plus classique. On déplace la souris à l’écran, on clique, et le personnage court, faisant basculer au passage les angles de caméras fixes utilisés à bon escient. Peu ou pas d’objet à ramasser : dans Victi, ce sont principalement les souvenirs que l’on collectionne.

A chaque fois que Dehon se remémore quelque chose, l’événement fait place à une cinématique, qui vient se loger dans votre galerie d’indice, cette dernière tenant lieu et place d’un inventaire classique. On collectionne donc des vidéos, mais aussi des remarques orales, parfois des feuilles manuscrites, et toujours les mots sont étroitement associés à l’image. Identifier dans un arrière-plan un indice, déceler un rituel dans des gestes anecdotiques constituera le lot quotidien du joueur.

De la recherche jusque dans l’inventaire, il faut dire qu’au contraire de la plupart des jeux point & click, vous ne passerez pas votre temps à chercher pendant deux heures un objet à l’écran. Si un objet (page manuscrite) mérite que vous le regardiez, Dehon le ramassera automatiquement. Il en va de même pour ce qui est des indices. Cela dit, en blanc sur noir, il serait difficile de cacher quoi que ce soit...

Le mur des lamentationsRetour au sommaire
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La plate-forme extérieure d'où le Mal vous observe.
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Les angles de caméras rendent à certains moments les couloirs horrifiques.
Si l’on ne peut pas reprocher grand-chose à Victi sur son univers, il est bien quelques détails qui chagrineront le joueur. Le design du jeu est certes prenant, mais il faut avouer qu’un brin d’anti-aliasing eut été le bienvenu. De fait, les scintillements ne vous seront pas épargnés, et du fait du faible nombre de traits à l’écran, nos amis les pixels viendront nous faire quelques fréquentes visites. Tout malheur cachant une joie, le jeu se révèle léger à faire tourner, et même si les titres d’aventure récents ont peiné sur votre machine, cela ne devrait pas être le cas de Victi.

Tout aussi terre à terre, on peut pester contre l’intégration de la galerie "Inventaire", accessible via un menu sur la touche Echap. N’espérez donc pas voir ces indices se superposer sur l’écran de jeu, où seuls les deux boutons de votre souris seront sollicités. Cette pénible intégration de la galerie relève certes du détail, mais nuit au confort de jeu. Cela est d’autant plus visible qu’en général le point & click offre au joueur un maximum de simplicité et d’ergonomie. Dommage.

Le principal problème du titre de Freegamer concerne en fait le système de sauvegardes, qui vous fera entrer dans le monde merveilleux du jeu de fin de XXème siècle. Comme cela se passe souvent sur consoles (et sur les jeux PC qui ne sont que de simples portages de titres consoles), il vous sera impossible de sauvegarder une partie à la volée. Pour conserver votre avancée dans le titre, il vous faudra venir à bout d’un acte, où vos données sont automatiquement sauvegardées. Ce système peut s’avérer frustrant, d’autant plus que la mort fera partie intégrante de votre périple intérieur. Ce qui implique qu'il vous faudra résoudre à nouveau les énigmes depuis le début de l’acte en cours... Un rallongement artificiel de la durée de vie dont on se serait bien passé.

Le dernier point, mais non des moindres, concerne la dite durée de vie. Le game balancing de Victi s'avère efficace, car les énigmes sont globalement bien pensées. On ne reste jamais bêtement coincé par un problème de logique (ce qui est loin d’être le cas pour tous les jeux), mais on ne trouve pas non plus toujours une solution du premier coup d’œil. Jusque là, il n’y a donc que du bon. Mais pour un joueur attentif, le temps nécessaire pour terminer l’aventure n’excédera pas trois heures, et trois de plus devraient permettre aux autres d’en venir à bout. Si cela semble certes assez peu dans l’absolu, il faut souligner que Victi : Blood Bitterness, premier opus d’une série annoncée, est téléchargeable sur le site de Freegamer pour la modeste somme de 20€, ce qui, somme toute, compte tenu de la qualité du titre, n’est pas cher payé.

Immersif, inquiétant, torturé, décalé… les adjectifs ne manquent pas pour décrire Victi, un jeu d’aventure qui représente une véritable expérience de joueur. Si beaucoup de joueurs tourneront de l’œil en voyant ses graphismes en cinq couleurs, les autres découvriront en Victi un jeu d’aventure puissant et ténébreux seulement gâché par de petites lacunes techniques pardonnables.

Victi fait partie de ces œuvres qui, du fait même qu’elles sont, s’exposent à la controverse. Un jeu d’aventure aux graphismes conceptuels et torturés en cinq couleurs, doté d’une ambiance malsaine au possible au service d’une quête intérieure obsédante. Un excellent jeu compte tenu des vingt euros qu’il vous en coûtera.
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