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Shooting for Columbine - Tuer n'est pas jouer


Les gamers sont-ils des gens dangereux ? C'est ce que l'on pourrait penser si l'on suit de près l'actualité récente et plus ancienne. Montréal en 2006, Littleton en 1999 : autant d'occasions de montrer du doigt les jeux vidéo, accusés de certains maux de façon peut-être un peu trop précipitée...


Par Genseric, le 15 septembre 2006.


Psycho gamer


Super Columbine Massacre : un jeu qui permet de simuler la tuerie de Littleton.
La journée des deux tueurs est retracée pas à pas.

Si les faits divers sont des faits divers, c’est avant tout parce que les premiers à les reporter sur le papier dans les premières gazettes ne savaient pas trop où les mettre. Mais lorsque leur nombre et leur régularité s’accentuent, ils deviennent alors des faits de société. Et il convient dès lors de les analyser comme tels. Le 29 avril 1999, dans le Lycée de Columbine, sis dans la ville de Littleton (Colorado), deux adolescents prennent les armes contre leurs petits camarades et ouvrent le feu, tuant douze enseignants et lycéens avant de se donner la mort. Dylan Klebold et Eric Harris, respectivement âgés de 17 et 18 ans, venaient de défrayer la chronique, conformément à leur macabre souhait. Tout le monde a en mémoire le documentaire édifiant de Michael Morre, « Bowling For Columbine »…

L’affaire, pour dramatique et grave qu’elle fut, a malheureusement pris un cours peu opportun dans les médias et aux yeux d’une bonne partie de la population. Le fait est que les deux assassins étaient passionnés de heavy metal et de jeux vidéo qualifiés de violents (Doom en tête). Et voilà le vieux fantôme qui se relève de la tombe et qui prône un contrôle parental des activités de nos jolies têtes blondes : c’est en effet forcément parce qu’ils écoutaient Marilyn Manson et qu’ils jouaient à des FPS qu’ils ont complètement disjoncté, les deux petits. Heureusement qu’en toile de fond, et bientôt au premier plan grâce à l’intervention de Monsieur Moore, on a compris que le crime le plus grand était plutôt de posséder des armes à feu, et que c’est bien de pouvoir s’en procurer facilement qui était dramatique… Et non de trouver au premier supermarché du coin la dernière galette du groupe hard en vogue et le dernier fruit de nos développeurs favoris.





Wicked Young Man


On peut lire la retranscription de la vidéo qu'on enregistrée les deux tueurs avant leur méfait.

It’s not the games that I play, the movies I see, the music I dig… I’m just a wicked young man ! – Wicked Young Man, Alice Cooper.

Mercredi 13 septembre 2006. Un individu armé – vêtu d’un imperméable noir (c’est vrai que s’il était arrivé en T-Shirt jaune, ça aurait été moins grave...) – a ouvert le feu mercredi dans un lycée de Montréal, blessant une vingtaine de personnes et semant la panique parmi les élèves. D’emblée, évidemment, le rapprochement est fait avec le drame de Littleton. Ici, le coupable, finalement et à ce qu’il semble abattu par la police, est catalogué comme appartenant à la mouvance gothique et amateur de musique rock et de jeux vidéo… On pourrait presque dire, de façon sardonique, que les amateurs de jeux vidéo ne tuent pas si souvent que ça leur prochain, puisqu’on se sent obligé de préciser dans ces cas précis qu’ils le sont. On ne demande pas encore aux suspects et coupables s’ils jouent à Doom ou à Half-Life, heureusement.

Mais un détail navrant sort toutefois l’affaire du lot. L’intéressé jouait à un jeu appelé « Super Columbine Massacre », une sorte de jeu de rôle réalisé avec RPG Maker et ayant l’apparence de l’un de ces petits jeux japonais si typiques, avec personnages vus du dessus et plans en 2D… Le jeu, comme son nom l’indique, permet de simuler le massacre de Littleton en jouant le rôle des deux adolescents. La partie débute chez l’un des deux jeunes gens, et on chemine petit à petit vers la fin que l’on connaît, si on ne se fait pas pincer avant. Des détails aussi croustillants que des mélodies de Nirvana ou des paroles de Marilyn Manson sont ajoutées sans, bien entendu, qu’il n’ait été versé de droits aux artistes ou ayants droits… Et sur le PC de la chambre d’un des héros, c’est évidemment le jeu Doom III qui est installé. Super Columbine Massacre est en téléchargement gratuit un peu partout sur le Net. Mais ce n’est pas à nous d’en faire la publicité…





Ce qui pose question


Le parking de l'école de Columbine... Les deux personnages révisent leur plan.
L'entrée de l'école...

Et voilà désormais qu’aux yeux de la frange la moins avertie du public, le gamer et l’amateur de heavy metal passent pour de dangereux assassins en puissance, incapables qu’ils sont de discerner la fiction de la réalité. Il est clair que si, dans la vraie vie, nous jouions de la gâchette comme nous le faisons si souvent dans nos jeux vidéo, nous serions tous condamnés à de lourdes peines de prison dans les pays où la peine de mort n’est plus d’application. Il est clair que si les fans de hard rock mettaient en pratique tous les beaux slogans beuglés par certaines stars, le monde serait à feu et à sang avant que ne retentisse la première note de Symphony Of Destruction, de Megadeth… Comprenons-nous. Le travail journalistique est souvent très bien réalisé par ceux qui le pratiquent. Mais lorsqu’elle a l’amalgame trop facile, la presse fait pire que mieux.

En Belgique, une loi empêche les médias de publier toute information relative à la nationalité d’un prévenu, d’un suspect. Ce pour empêcher les amalgames racistes. Faudra-t-il légiférer pour que le gentil joueur de jeu vidéo et l’innocent amateur de guitare saturée soit épargnés par la critique dans les années à venir ? La question est posée. Mais soyons clair sur un point : s’il ne faut diaboliser ni la communauté des joueurs, ni celle des amateurs de musique d’un genre donné (que dire des amalgames dont sont victimes les rappeurs ou les sorteurs en boîte ?), il faut bien admettre que ces milieux ne sont pas épargnés non plus par la délinquance et la bêtise en règle générale. Oui, chers lecteurs, il y en a parmi vous qui sont peut-être des imbéciles violents en puissance. Mais ce n’est pas une raison pour que le discrédit soit lancé sur l’ensemble de votre communauté.

Faut-il demander aux Klebold et Harris de demain de cacher soigneusement tous leurs CDs et de formater leur disque dur avant de commettre l’irréparable ? Plus sérieusement, comme le chante un certain Alice Cooper (pour les incultes, Alice est un homme), « It’s not the games that I play, the movies I see, the music I dig, I’m just a wicked young man »… Ce que l’on peut traduire par : “ce ne sont ni les jeux auxquels je joue, ni les films que je regarde, ni la musique que j’écoute… C’est juste que je suis un sale con”. Un philosophe, cet Alice Cooper.





Des jeux au goût douteux...


L'écran de lancement, tiré des enregistrements de surveillance de cette horrible journée.
Les voilà dans l'école, à essayer d'éviter de croiser des quidams...

L’histoire du jeu vidéo et celle du livre peuvent être comparées en bien des points. Et l’opprobre n’est pas sur tous les livres si certains contiennent un contenu sulfureux. Mein Kampf ne condamne pas Racine, et l’autobiographie de Jean-Marie Le Pen n’enlève rien au talent de Tolkien. Pourtant, en matière de jeux vidéo, si certaines brebis s’égarent, il semble que ce soit l’industrie tout entière qui en pâtisse en terme d’image. Pourtant, rares sont les productions qui frôlent avec la limite ou qui en débordent allègrement. Car le but d’un jeu est avant toute chose d’être vendu au public le plus large possible, et choquer n’est pas toujours très vendeur, contrairement à d’autres domaines. Il faut bien entendu s’entendre sur ce qu’est « choquer ». On ne parle pas ici des mensurations de Lara Croft ou des belles pépées posant sur les couvertures de certains jeux. Le sexe ne choque plus personne à notre époque. On parle plutôt de messages nauséabonds, tels que l’appel à la violence ou au racisme, ou des prises de vue politiques controversées…

On se rappelle tous de la polémique qui a longtemps poursuivi les gars de chez ID Software en ce qui concerne la récurrence des drapeaux nazis dans leurs jeux. Certains se souviennent peut-être de Hooligans – Storm Over Europe, une sorte de wargame mettant aux prises des énergumènes ivres et belliqueux dans des villes un soir de match… La liste n’est pas si longue et doit encore être amoindrie si on s’intéresse au côté historique de certains jeux ou encore au second degré. Il n’est en effet pas nuisible ni illogique de jouer les Allemands dans un wargame sur la Seconde Guerre Mondiale. Si le joueur y prend plaisir parce qu’il a de la sympathie pour le régime nazi, c’est lui qu’il faut soigner, pas les développeurs du jeu. Enfin, si on joue un voleur qui va fracasser des vitrines ou tuer des gens pour leur voler leurs bijoux ou leurs voitures (une pensée émue pour la série GTA), il faut aussi se rappeler que l’on est dans un jeu, et que la distance est de mise entre ce que le personnage fait à l’écran et ce que l’on peut faire soi dans la réalité. Après tout, les jeux sont déjà sous le couvert de la loi, puisqu’ils disposent d’une signalétique appelée à responsabiliser les vendeurs quant aux personnes à qui ils proposent les jeux. Il s'agit de la fameuse norme PEGI, introduite par les professionnels eux-mêmes.

Dans le cas qui nous occupe, Super Columbine Massacre est un jeu amateur. Et dans ce domaine, il est difficile de légiférer. Utiliser un moteur de jeu commercial pour produire un mod ou un jeu complet traitant de thématiques délicates ou totalement inacceptables peut être puni d’une façon ou d’une autre, mais la société commerciale n’endossera aucune responsabilité pour de telles publications. Imaginons qu’un quidam produise un scénario pour Neverwinter Nights grâce à Aurora, mais qu’il y débite des âneries sur le régime hitlérien. Faut-il condamner Bioware pour cela ? Et le roman ne nous a-t-il pas appris que tout livre était bon à lire, sous réserve de le comprendre ? Car après tout, s’il faut comprendre un jeu au second degré, son auteur n’est peut-être pas l’ignoble comploteur que l’on subodorait…






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Commentaires (2)

anonyme
  Commentaire anonyme déposé le 24/11/2010 à 15:19 :
je pense que le sjeux vidéos ramolissent le cerveau a beaucoup de jeunes !! maintenant un gosse de 5ans préffère tapper sur des personnages sur l'ordinateurs au lieu d'aller jouer dehors!!! les jeux vidéos ne font de mal a personnes si nous savons les utiliser de manière résonnable !!! ce qui nest plus le cas aujourd hui malheuresement !!! nous avons bien plus de psychopathe qu'il y a 50ans parce que nous avons les jeu vidéos !! mais ce n'est pas la fautes des utilisateurs mais des créateurs c'est a cause d'eux si nous ne pouvons plus sortir de chez parce qu'on a peur de se faire tuer ou violer !!!

kamikazenmoins
  kamikazenmoins le 29/06/2007 à 16:31 :
perso, j'ecoute du death, du brutal death, et je ne joue qu'aux fps.. ça ne fais pas de moi un etre associable, un psychopathe qui n'a qu'en tete l'envie de liquider tout le monde autour de moi (quoique des fois... :))
comme souligné dans l'article, et un grand bravo et merci a M.Moore pour ça, le vrai probleme est la facilité deconcertante avec laquelle on peut se procurer une arme.
tiens, je me demande si tous les dealers interpellés, dont on entend parler dans la presse, ecoutent tous du rap et jouent a GTA... probablement, mais je pense surtout que beaucoup de monde ecoute du rap en jouant a GTA, sans dealer pour autant..
bah pour le hard rock et les fps, c'est pareil!
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