Qu’il fut dur de garder cela secret jusqu’à aujourd’hui ! Un tel projet gagne en effet à être connu. Démarrant par une intrigue d’un classique sans réelle surprise, ce jeu va bien vite vous séduire par son fil narratif finement élaboré, dévoilant progressivement les indices et les clés d’un mystère complexe, sans l’être trop. On connaissait les talents du dessinateur : il est temps de découvrir ceux du scénariste. Benoît Sokal apparaît comme maniant aussi bien la plume que le crayon. Son idée, retranscrite en mots, va l’être ensuite en images. L’homme mène ainsi la chose de son début à son aboutissement. C’est probablement cela qui lui vaut le respect de toute une équipe, qui se plait à employer des néologismes aux sonorités connues : « sokalien », « sokaliser. » Il laisse sa marque, imprègne l’ensemble du jeu.
Ce Sinking Island commence donc comme un roman policier sans originalité. Vous interprétez Norm, un flic baroudeur qui a déjà tout vu. Une sorte de Columbo, avec un charisme qui ne passe pas réellement par la beauté. Un Hercule Poirot qui aurait troqué son air british contre celui du privé un peu casse cou, mal rasé et aventurier dans le regard. Alors que votre rythme de vie est devenu paisible, laissant approcher une retraite méritée, voilà qu’un ami et collègue vous demande un service. Rien de bien compliqué, simplement constater un décès à sa place, sa jambe cassée limitant largement ses déplacements. Le genre de service qu’on accepte sans rechigner, puis qu’on regrette après. Si vous aviez su...
Le décès n’est d’abord pas celui du premier inconnu. Il s’agit d’un milliardaire atypique, paranoïaque comme il faut, qui, depuis son fauteuil roulant, aime voir les choses en grand. Grand, ce serait l’adjectif simple et parfait pour qualifier son projet. Le défunt est en effet propriétaire d’une île. Voulant rentabiliser ce lopin de sable agréablement situé sous les tropiques, il y a fait construire une tour qui est sans nul doute d’inspiration Art Déco. On se croirait retourné en 1925, au temps de l’exposition internationale. L’immeuble a aussi cette touche outre-Atlantique, celle du Chrysler Building, des motifs en cascades, et ce goût du luxe qui fait du moindre mobilier une œuvre d’art. L’intérieur mêle dorures et marbre, se catalogue dans un genre, presque à l’excès. Cet endroit a pour objectif de devenir l’incontournable lieu de villégiature pour tout jet-setter qui se respecte. Son ouverture se voyait imminente. Mais son dirigeant est mort. Et le flou qui entoure cette triste disparition va réveiller votre instinct d’enquêteur.
Du pur Agatha Christie, puisque l’île ne compte – en plus de vous et du feu milliardaire – que dix individus. Cela va de l’unique autochtone et sa fille, à des riches qui n’ont de recommandable que leur apparence - et encore. Pour continuer dans le déjà vu, tous auraient une bonne raison de vouloir ce décès. Une piste se profile plus qu’une autre, mais la première est-elle toujours la bonne ?