|
| | Le Pacte (1986). Un jeu gore inspiré du film Amityville. |
| |
Si le nom d’Eric Chahi peut ne rien dire aux plus jeunes, son évocation rappelle toujours une multitude de bons souvenirs aux joueurs plus âgés. En quinze ans de présence dans le domaine du jeu vidéo, l’homme a en effet su imposer son univers, à la fois envoûtant et empreint de rêve. L’histoire d’Eric Chahi commence au début des années 80. Possesseur d’un Oric1, le jeune Eric s’initie au codage et décide de concevoir ses propres programmes dans l’espoir de les vendre. Curieux mais surtout doué, il développe son tout premier jeu en à peine deux semaines. Ce sera Frog, en 1983. Malgré son extrême simplicité, celui-ci se vend relativement bien, et Chahi choisit de poursuivre dans ce domaine. En l’espace d’une année, il sort trois autres titres, toujours sur Oric. Carnival tout d’abord, qui simule un stand de tir de fête foraine, puis Le Sceptre d'Anubis, mélange d’aventure et de réflexion en graphismes vectoriels, et enfin Doggy, un titre en scrolling horizontal où un chien doit éviter des obstacles pour rentrer chez lui. Passé peu de temps après chez Loriciel, il adapte le hit Commodore 64 Infernal Runner sur Amstrad CPC et développe sur la même machine Le Pacte, jeu d'ambiance inspiré du film fantastique Amytiville.
En 1987, Eric Chahi s’attaque à la réalisation d’un projet de jeu d’action, qu’il définira lui-même plus tard comme trop ambitieux pour l’époque. Finalement, le développement avorte, et Chahi se résoud à recycler les bouts de code de son jeu pour en tirer deux titres médiocres : Danger Street et Profanation. Tous deux feront un flop. Un an plus tard, il se voit proposer un poste de graphiste chez Delphine Software, alors tout jeune studio de développement parisien. Doué pour le dessin sur ordinateur, Chahi accepte et décide de renoncer pour un temps à sa passion première. Devenu infographiste il travaille notamment sur Voyage au centre de la Terre, Jeanne d'Arc et Les Voyageurs du Temps, qui seront tous trois édités sur Amiga, Atari et PC.
Désireux de donner aux joueurs plus que ce que l’industrie du jeu leur propose, Eric Chahi délaisse son activité de graphiste pour se consacrer à ce qui restera comme son meilleur titre : Another World. Si l’histoire se veut simple – un scientifique est transporté dans un autre monde à la suite de l’explosion de son laboratoire – concrétiser les idées du papier à la machine se révèle bien plus compliqué. Nous sommes fin 89. Seul chez ses parents, Eric Chahi s’attaque à la conception du jeu. Mécontent des limitations des logiciels de développement du commerce, il commence par créer des programmes spécifiques pour répondre à ses besoins. Afin d’assurer une fluidité aux animations des personnages, il se filme lui-même et analyse les mouvements humains. Perfectionniste, il va jusqu’à concevoir un moteur dédié, pouvant gérer les polygones 2D - un procédé révolutionnaire qui allie esthétisme et légèreté. En 1991, après plus d’un an de travail, Chahi propose son projet presque achevé à Virgin Loisirs, qui le refuse. Il se tourne alors vers Delphine, son ancien employeur, qui accepte d’éditer le jeu. Another World est achevé pour Noël 91, et sort sur la plupart des supports, micro et consoles, avec le succès qu’on connaît. Il donnera lieu deux ans plus tard à une fausse suite, le célèbre Flashback, à laquelle Chahi ne participera pas.
Partisan de la création et non du profit, l’homme quitte à nouveau le giron de Delphine et part fonder sa propre société, Amazing Studios. Pendant cinq ans, le studio entier se dévoue à la création d’un seul titre, le dernier en date d’Eric Chahi : Heart of Darkness. Bien que trop court, le jeu rencontre une fois encore un vif succès, et sera adapté dans la foulée sur Playstation. Depuis 1998 et la sortie d’Heart of Darkness, Eric Chahi s’était retiré du monde du jeu pour assouvir une autre de ses passions : la photographie. Ce n’est qu’en avril 2006 qu’il s’est décidé à proposer une version rénovée du mythe Another World via anotherworld.fr, le site officiel du jeu et de son auteur. Si Eric Chahi peut donner l’impression de vivre au passé, nul doute que son imagination féconde nous réserve encore bien des surprises.