Dans le même temps, Blizzard acquiert le studio de développement Condor en février 1996. Condor est une petite entreprise fondée en 1993 par trois jeunes inconnus : David Brevik, Max et Erich Schaefer. Comme Silicon & Synapse, Condor s’est d’abord occupé de conversions (notamment sur Justice League Task Force pour Super Nintendo), puis se lance en 1994 dans un projet propre, un jeu de rôle au tour par tour où l’on pourrait tuer des monstres au bout de quelques minutes de jeu, au nom étrange de Diablo. Condor cherche des contacts pour financer son jeu lors du CES de Chicago en 1994, et c’est lors de cet événement que Eric et Max Schaefer rencontrent Allen Adham. Intéressé par le projet et désireux de produire plus de jeux pour un marché alors en pleine expansion, Blizzard signe un contrat avec Condor pour prendre part au financement du titre.
Durant l’année 1995, le développement de Diablo bat son plein, et surtout connaît un tournant majeur en faisant passer le jeu en temps réel : dans une vue isométrique, des monstres apparaissent à l’écran, le joueur clique dessus et le monstre est tué. Condor rajoute à cela un soupçon de jeu de rôle, avec un inventaire à gérer, des loots aléatoires, et surtout des cartes générées aléatoirement. Le Hack and Slash moderne est né (et non pas inventé, comme aime à le répéter aujourd’hui Blizzard). Le projet initial est complètement remodelé et s’annonce de plus en plus prometteur, à tel point qu’à la fin de l’année 1995, Blizzard désire acquérir Condor. Les deux équipes s’entendant bien, l’acquisition est signée rapidement en février 1996, et Condor prend le nom de Blizzard North (North parce que le studio est situé à San Mateo en Californie, près de San Francisco, au nord du siège de Blizzard situé, lui à Irvine, près de Los Angeles).
Le développement du jeu va prendre plus de temps que prévu, si bien qu'il ne sort finalement le 27 décembre 1996. C’est la première fois que Blizzard rate la date clé de Noël pour avoir le temps de fignoler un titre au maximum. Les développeurs de Blizzard North pensent qu’ils ont commis une erreur en le sortant après cette date fatidique, et espèrent au mieux en écouler une petite centaine de milliers d'unités. Comme Warcraft 2, le nouveau-né de Blizzard North dépasse le million d’exemplaires vendus en un an. Le succès de Diablo tient pour beaucoup à son multijoueurs, ou plutôt à l’ambitieuse plate-forme multijoueurs développée par Blizzard : Battle.net. Lancé en janvier 1997, Battle.net permettait (et permet toujours) de jouer gratuitement à Diablo avec d’autres joueurs sur Internet en cliquant sur un simple bouton. Stables, rapides et faciles d’accès, les serveurs de Battle.net ont très rapidement séduit des milliers de joueurs, leurs permettant pour beaucoup de jouer pour la première fois sur Internet sans passer par des manipulations techniques pas toujours simples à l’époque. Battle.net reste encore aujourd’hui le meilleur moyen d’auto-promotion que Blizzard ait pu sortir : cela lui permettait (et lui permet encore) de fédérer une véritable communauté accrochée aux moindres annonces que peut lancer l’entreprise sur les canaux de discussion.
C’est aussi avec Diablo que Blizzard a compris l’importance de réaliser des jeux sans tenir compte des dates de sorties. Entre 1996 et 2005, Blizzard n’a sorti en moyenne qu’un jeu par an, en comptant les extensions. Peu importe alors les retards, puisque les effets d’annonces et une communauté fidèle assurent des ventes conséquentes. Avec plus de deux ans de retard, les jeux Starcraft et Diablo 2 en sont les parfaits exemples.