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Interview de Alexandre Lac, développeur chez Anuman Interactive




Dans le cadre d'une série d'interviews d'élèves actuels ou anciens de l'ISART Digital, école du film 3D et du jeu vidéo, nous avons eu le plaisir d'interroger Alexandre Lac, actuellement élève en 2ème année au sein du cursus Game Design, et en contrat de qualification comme Développeur au sein de Anuman Interactive (logiciels éducatifs et de loisirs, et édition de jeux PC : Cold War Conflicts, Blitzkrieg Frontal Attack...)..


Par joce, le 23 juin 2005.


Bonjour Alexandre. Pouvez-vous tout d’abord vous présenter brièvement ?


Je m'appelle Alexandre Lac, j'ai 24 ans.

Après avoir obtenu un Bac Scientifique j’ai commencé par effectuer deux années préparatoires à l’INSA de Lyon en sport études dans le but de suivre une formation en Informatique.

Pour des raisons de santé et personnelles, j’ai du m’arrêter, et j’ai finalement décider d’obtenir un DUT Informatique en un an à l’Université de Picardie Jules Verne. J’ai effectué mon stage de fin de DUT chez Anuman Interactive, éditeur de logiciels français, où je travaille encore aujourd’hui.





Comment vous est venu l’idée de travailler dans la création de jeu vidéo ?


Comme beaucoup de garçons j’ai été fasciné par les jeux dès mon plus jeune âge. Mais cela ne suffit pas à se sentir attirer par la création à proprement parler de jeux vidéo. En classe de seconde je me suis intéressé à la programmation et dès lors, je me suis senti naturellement attiré par le milieu informatique et le fait de créer. Mais je crois qu’un facteur très important dans mes choix fut mon plaisir à voir des gens s’amuser et prendre du plaisir avec mes créations. En effet, si la création est une chose il faut se rendre compte que c’est le joueur qui doit passer en premier et donc mon envie de créer pour voir la joie dans les yeux des autres est probablement ma première motivation.





Il existe actuellement deux formations 3D (animation & game design) au sein de l’ISART, pourquoi avoir choisi l’une plutôt que l’autre ?


N’ayant jamais été très doué en dessin, et en création visuelle de manière générale, et sachant que la programmation me plaisait énormément et qu’une de mes plus grandes joies est d’observer des joueurs prenant du plaisir à jouer, la section game design s’est présentée comme un choix évident pour moi.





Quel niveau aviez-vous en 3D, en dessin, en développement…, avant d’entrer à l'ISART Digital ?


Lors de mes deux années préparatoires à Lyon, j’ai eu un projet informatique de mon choix à réaliser. C’est à cette période que j’ai réellement appris à programmer en Delphi (environnement de développement Windows basé sur le langage Pascal) et que j’ai réalisé mon tout premier jeu. En entrant à l'ISART, je venais d’obtenir mon DUT. Mes connaissances en programmation étaient donc assez bonnes mais cependant je ne maîtrisais ni le dessin ni les logiciels 3DSMax et Photoshop.





Concrètement, que vous a apporté l'ISART Digital pour votre activité professionnelle actuelle ?


Si mon travail chez Anuman ne me demande pas de compétences en infographie, les cours d’analyse de gameplay, d’interfaçage et de réflexion globale sur un projet m’ont permis d’améliorer ma productivité et mon efficacité dans les tâches qui me sont confiées au sein d’Anuman.





Qu’en est-il du rythme de l’alternance ? N’est-il pas dur à tenir ?


Le rythme de l’alternance est, il faut l’avouer, parfois très dur à gérer et à supporter. Cependant cela dépend pour beaucoup de l’entreprise où vous vous trouvez et de la charge de travail et de responsabilités que vous aurez.





Avez-vous eu du mal à trouver un stage / emploi en alternance ?


Personnellement, j’ai eu de très bons rapports avec les gens de l’entreprise dans laquelle j’ai effectué mon stage de DUT et ils étaient prêts à me fournir un emploi. Ainsi, j’ai eu la chance de ne pas avoir de problèmes pour trouver mon contrat de qualification.





Pouvez-vous présenter brièvement l’entreprise au sein de laquelle vous travaillez actuellement ?


Anuman Interactive est un éditeur / distributeur de logiciels français qui vient de fêter ses cinq ans d’existence. Notre activité est initialement basée sur l’édition et la distribution de logiciels dits de « vie pratique », mais nous sommes aujourd’hui leader sur le marché des logiciels de Code de la Route et sur la gamme Architecture 3D. Nous avons, par ailleurs, à notre catalogue la suite de logiciels « Pour les nuls » et nous venons de nous lancer récemment dans l’édition de jeux vidéo (Massive Assault Network).





Pouvez-vous nous décrire les compétences, le rôle et les fonctions d’un développeur ?


Le développeur peut être chargé de plusieurs aspects du développement. En effet, le développeur peut avoir à programmer le cœur du jeu, c'est-à-dire créer les systèmes qui permettront aux éléments du jeu de fonctionner et de réagir comme le document de Game Design le décrit (document décrivant précisément tous les aspects d’un jeu et destiné à toute l’équipe de développement du jeu). Par ailleurs, le développeur est souvent amené à réaliser des outils de production qui permettront aux level designers et aux scripteurs, en général, de créer de manière concrète et le plus simplement possible tous les niveaux et les mécanismes d’un jeu. Ces outils de productions sont souvent essentiels et ne doivent pas être négligées.





Sur quel jeux / logiciels travaillez-vous actuellement et / ou avez-vous travaillé par le passé ? Que leur avez-vous apporté ?


Mon travail consiste essentiellement à développer des outils divers et variés pour les besoins internes, et à réaliser des programmes permettant d’étendre ou de simplifier les possibilités des nos logiciels d’architecture 3D.





Question un peu philosophique : pensez-vous que les jeux vidéo soient un art à part entière ?


Cette question souvent abordée reste un sujet un peu délicat. En ce qui me concerne je ne vois pas pourquoi le jeu vidéo ne serait pas un art à part entière. Certes tous les jeux ne sont pas des œuvres d’art, très peu même pourraient peut être avoir droit à ce titre honorifique. Cependant, si la musique, la peinture, la photo, le cinéma ou encore la littérature sont des arts, alors pourquoi le jeu vidéo, seul domaine créatif permettant d’englober tous ces arts en leur rajoutant même des sensations inédites, ne serait-il pas lui aussi considérer comme un art ?

Le but de l’art n’est-il pas de faire ressentir des émotions aux gens, de les faire réfléchir, de leur suggérer des idées et des sensations ? Quel art reconnu prodigue cela mieux que le jeu vidéo ?





L’argent n’a t-il pas nui à la créativité dans les jeux vidéo ?


Hélas, la réponse est oui.

Récemment, une conférence s’est tenue au Forum de l’image (au sein des Halles à Paris) et a mis malgré elle en évidence ce triste constat. En effet, au début de la conférence tous les intervenants, parmi nos plus grands représentants du jeu vidéo en France, semblaient tous d’accord pour décrire les créateurs de jeux comme des passionnés partageant une passion commune et travaillant ensemble pour faire émerger des idées novatrices en termes de plaisir de jeu et de narration. Cependant, au fur et à mesure de la conférence, les équipes de développement de plus en plus énormes, les budgets faramineux, et donc la loi du risque minimum adoptée par les éditeurs, sont arrivés comme une description du monde réel du jeu vidéo aujourd’hui. Malgré le fait que notre industrie soit encore jeune, il semblerait que personne (parmi les personnes et entreprises qui en ont les moyens) n’est voulu la développer avec un schéma différent de celui de toutes les industries d’aujourd’hui. Ainsi, il semblerait que travailler dans une boîte de jeux vidéo aujourd’hui signifie devenir un exécutant parmi tant d’autres, loin de toute création et réflexion vidéo ludique. Un bon jeu ne doit pas forcément être entièrement original, des mécanismes et des règles existent pour faire fonctionner certains éléments du gameplay d’un jeu, mais aujourd’hui les innovations et les nouvelles sensations de jeu semblent être très bridées par l’argent.

Espérons que des systèmes de ventes dédiées aux jeux voient le jour, ou tout du moins, se développent. En effet, aujourd’hui un jeu qui serait réalisé par une petite équipe française aurait très peu de chance de se trouver dans les rayons de grands magasins tels que Carrefour ou la FNAC par exemple, même si ce jeu était très original. Il semble donc nécessaire que des réseaux ou des services tels que Steam se démocratisent afin d’offrir aux joueurs un véritable « paysage » vidéo ludique complet et varié, et pas forcément constitué de jeux techniquement très aboutis mais qui ne se renouvellent pas (attention, il existe quand même un certain nombre de très bons jeux dans le marché actuel).





Quand on travaille dans la création de jeux vidéo, n’a t-on pas envie d’aller voir du pays à l’étranger (USA, Canada…) plutôt que de rester en France ?


Cela est, bien entendu, une question qui revient souvent, cependant je pense que ce phénomène vient surtout du fait que les jeux vidéo soient encore assez mal connus et donc perçus en France aujourd’hui. Le terme jeux vidéo possède une connotation enfantine et un peu négative chez nous, ce qui rend forcément plus attractifs les pays Nord américains et la Japon où il est bien mieux perçu.





Que pensez-vous des consoles nouvelle génération ? Vont-elles changer quelque chose au niveau du développement des jeux ?


Les consoles de Microsoft et Sony (XBox 360 et PS3) vont offrir aux développeurs des possibilités techniques impressionnantes mais demanderont hélas des gens de plus en plus qualifiés, et en grand nombre puisque les projets prennent des envergures de plus en plus importantes. La puissance technique peut être une bonne chose mais, avec le schéma actuel de l’industrie du jeu vidéo évoqué un peu plus haut, la créativité sera un luxe que peu de personnes pourront désormais se permettre puisqu’elle ne représente pas une source certaine de profits substantiels. Si j’attends tout de même avec impatience ces deux consoles, je reste tout de même triste à l’idée de n’y voir que des monstres de puissances qui demanderont forcément des budgets colossaux donc inaccessibles à de nombreux développeurs. Espérons que l’avenir me fera mentir.

Il ne reste plus qu’à attendre ce que nous réserve Nintendo avec sa Révolution. D’après leurs communiqués, nous devrions avoir droit à une expérience de jeu inconnue à ce jour et ils ont aussi évoqué le fait de permettre aux studios de développement de moyenne envergure de créer des jeux originaux, créatifs et demandant des budgets réduits. Après la Nintendo DS (même si elle manque encore de jeux), Nintendo serait-elle la seule entité du jeu vidéo à penser au « Jeu » en premier ? Espérons que Nintendo nous sauvera de cette situation de crise que connaît le jeu vidéo au niveau mondial en nous offrant une réelle Révolution.





Quel est votre avis sur l’avenir des jeux PC ? On dit le marché stagnant, et tout le monde ne parle plus que des consoles…


Les publics PC et consoles ne sont pas encore les mêmes. Le PC est souvent synonyme de jeux plus mature (20-25 ans), alors que la moyenne d’âge du public consoles reste plus faible (6-18), même si elle tend à augmenter. La console correspond plus souvent à un moment de détente et de fun pur, plus direct que sur PC. Même si cela n’est pas vrai pour tous les jeux, je crois que les consoles ont plus une fonction de « jouets » que le PC. Mais il est vrai qu’avec l’arrivée du réseau et des nouvelles capacités, les nouvelles générations risquent de gagner du terrain sur l’ensemble des joueurs. Mais il restera toujours un public PC, ne serait-ce que pour les FPS ou les jeux de stratégie (temps réel ou non). Par ailleurs, les programmeurs PC sont beaucoup plus nombreux que ceux qui maîtrisent le développement sur consoles, permettant donc au PC de lutter encore quelques temps en proposant plus facilement une gamme de jeux étendue.





Que pensez-vous du futur des jeux vidéo en France, à la fois au niveau de la création et au niveau des ventes ?


L’arrivée des nouvelles consoles, aussi bien portables que de salon devrait probablement changer la physionomie de l’industrie. Par ailleurs, quelques écoles de jeux ont vu le jour en France depuis deux - trois ans. Signe d’un nouvel élan ?

En tout cas, le milieu du jeu étant en crise je crois réellement que l’arrivée des nouveaux standards techniques va demander des fonds très importants et provoquer une scission entre les très gros développeurs et les autres. J’espère juste que cela va permettre l’émergence d’une nouvelle philosophie de jeux et non marquer la fin des petites entreprises. Cependant, de nombreuses sociétés devraient se rabattre sur des développements moins coûteux à savoir le PC mais surtout les téléphones mobiles et les consoles portables.





Faut-il être hardcore gamer pour travailler dans la création de jeux vidéo ? Ou bien éventuellement le devient-on à force de travailler dessus ?


Il est assez courant de confondre le joueur et le concepteur de jeux. Un hardcore gamer n’a généralement pas le recul nécessaire pour analyser les jeux auxquels il joue intensément et aura plutôt tendance à s’enfermer dans ce qu’il connait. En effet, si il est important d’avoir une assez bonne culture du jeu et d’aimer jouer, il faut aussi avoir une certaine faculté d’analyse et d’observation pour faire un bon concepteur. La communication, la culture et l’ouverture sont aussi des éléments très importants pour espérer créer des situations de jeux innovantes. Il faut aussi savoir que la conception d’un jeu demande beaucoup de réflexion et de travail préparatoire, de remise en question et d’analyse. Créer un jeu ne signifie pas passer son temps à jouer, bien au contraire. Par ailleurs, une idée qui vous amuse n’amusera pas forcément les autres, il faut savoir comprendre ce qui fait la force d’un jeu et reproduire cela n’est pas forcément chose évidente.

A ce sujet, il est à noter que, souvent, les développeurs de jeux n’ont pas énormément de temps à consacrer au jeu en dehors de leur travail.





Comment vous voyez-vous dans 3 ans ? Dans 10 ans ?


Etant donné la situation actuelle du marché (et le fait qu’il soit tard au moment où je réponds à votre questionnaire) je ne sais pas encore trop qui répondre à cela…





Dernière question pour finir : quels sont vos 3 jeux préférés, et les 3 jeux que vous attendez le plus ?


Mes jeux préférés sont :
- Mario Kart
- Warcraft III
- Settlers III

Les jeux que j’attends le plus :
- Mario Kart DS
- Okami
- Day of Defeat Source


JeuxVideoPC : Alexandre, merci pour votre participation et bonne continuation dans vos projets ![NDLR : que l'on suit avec attention]





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