Sommes-nous si loin de The Moment of Silence ? Un article de Polygonweb [http://polygonweb.online.fr/art.htm] cite Glen Dahlgren, game designer de Wheel of Time (PC, 99) : "Personnellement, je ne crois pas que beaucoup de game designers s'inquiètent de faire passer un message, mais j'en ai connu qui le font, et je pense qu'aucune histoire ne vaut la peine d'être racontée si elle n'a rien à dire". Le même article renvoie à quelques jeux [qui] ont clairement une morale tacite, généralement banale, mais ayant au moins le mérite d'exister. Metal Gear Solid (PS, 98) comporte un sous texte pacifiste, le scénario d'Oddworld (PS et PC, 97) fait penser à des génocides historiques, Final Fantasy 7 (PS et PC, 97) est porteur d'une philosophie manifestement écologique, The Nomad Soul (PC et DC, 1999 et 2000) est une dénonciation feutrée des régimes totalitaires... Le problème de ces quatre jeux provient du fait que leur morale s’exprime sans tenir compte des spécificités des jeux vidéo. Impuissant, le joueur doit accepter le message qu'on lui assène. Cette manière de faire passer un message dans un jeu n'est pas très intéressante, car elle n'est en rien interactive. La meilleure approche, c'est d'essayer de trouver, dans les propriétés des jeux vidéo, le moyen de faire passer un message. Le jeu d’aventure échappe à cet écueil : après ce retour à la nature que Benoît Sokal illustre avec délicatesse dans L’Amerzone ou dans Syberia 1 & 2, les concepteurs de The Moment of Silence doivent être très sincèrement remerciés pour avoir contribué à nous ouvrir les yeux sur une réalité qui nous dévore et je n’hésiterai pas à mettre ce témoignage ludique sur un même pied que Z de Costa-Gavras ou Guernica de Picasso. Tout ce qui contribue à préserver la liberté humaine et à dénoncer les abus de pouvoir mérite notre attention et notre soutien et si l’on doit passer par les jeux vidéo pour atteindre cet objectif, faisons-le sans hésiter.
|