Petit état des lieux
|
Il y a quelques semaines, une polémique presque sans précédent embrasa le petit monde du jeu vidéo. Un jeu risque en effet de ne jamais voir le jour, sous la pression des organismes de contrôle. Ce jeu, vous l’aurez reconnu, est Manhunt 2. Suite du titre de Take Two sorti en 2003, ce dernier n’est clairement pas un jeu pour enfant. Dans le premier volet, le joueur se retrouvait dans la peau d’un criminel condamné à mort, dont la vie est sauvée par un réalisateur de Snuff movies. Et ce dernier va l’utiliser comme acteur involontaire de son prochain film. Pas spécialement tendre donc. La suite va aller plus loin, au vu du premier trailer. Cobaye d’expérimentations peu folichonnes, le nouveau héros devra retrouver sa mémoire tout en réglant ses comptes avec ses bourreaux. Un jeu dur, et clairement pour adulte.
C’est alors que les rumeurs les plus folles ont pris forme. Partie d’un forum, cette rumeur veut que le jeu permettre de violer, de décapiter, et de revioler à nouveau des femmes mortes sous vos coups. Sans vérification, elle fut reprise par les constructeurs : "Le jeu ultra-violent Manhunt 2 permet même de violer une femme et ensuite de la décapiter. L'ESRB a été particulièrement choqué lorsque le héros Daniel Lamb a simulé une pénétration dans un organe sexuel sanglant. D'autres scènes montrent également un chat dans un micro-onde, mais aussi des actes de nécrophilie ", a ainsi déclaré Sony. C’est alors que le jeu a subi une vague d’interdiction de sortie sans précédent. Le Royaume-Uni et l’Irlande ont purement et simplement interdit de séjour le titre dans leur pays. Les Etats-Unis ont décidé de classer le jeu Adult Only, une décision rendant la vente interdite au moins de 21 ans ; or, la plupart des magasins refusent de mettre en rayonnage des titres classés ainsi. Immédiatement après, Sony et Nintendo ont refusé d’accueillir ce jeu sur leurs consoles. En somme, sauf modifications importantes du contenu, le titre de RockStar est condamné. Le développeur se défend pourtant : "Manhunt 2 est un divertissement pour les amateurs de thrillers et d'horreur. Le thème du jeu est en adéquation avec ceux d'autres produits grand public pour les adultes. Nous respectons ceux qui ont une opinion différente sur l'horreur et les jeux vidéo globalement, mais nous espérons qu'ils prendront aussi en compte l'avis des joueurs adultes auxquels le jeu est destiné". Malgré cette défense tout à fait acceptable et de bonne foi, il semblerait qu’à ce jour, le développeur ait décidé de censurer les passages les plus durs de son jeu afin de pouvoir le sortir.
Quels sont donc les organismes pouvant avoir droit de vie et de mort, ou plus exactement, ayant droit de regard sur le contenu des loisirs vidéoludiques ? Connus sous le ESRB (Entertainment Software Rating Board) aux Etats-Unis, ou de PEGI (Pan European Game Information) en Europe, ils exercent le même pouvoir que la Commission de Classification des Œuvres Cinématographiques pour le cinéma. En clair, ils décident à quel type de public est destiné tel ou tel jeu, et interviennent si des contenus trop choquants sont présents. Les 7+, 16+ ou 18+, ou les E (Everyone), T (Teens) et M (Mature) présents sur les boîtes de jeu viennent d’eux. La classification européenne est en outre accompagnée de pictogrammes censés représenter le contenu du jeu : violence, langage grossier, drogue, sexe, etc. L’objectif de ses organisations est d’informer le consommateur sur le type de public auquel le jeu est adressé, et de protéger les mineurs face à des titres trop violents.
Bien que partant d’une bonne idée, ces organismes sont souvent critiqués. La ESRB est ainsi souvent vue par les joueurs américains comme étant beaucoup trop conservatrice, et sévère dans ses classifications. Autour de ces commissions gravitent également des associations familiales, et parfois même des lobbies rigoristes, dénonçant depuis des années la soit disant dangerosité du jeu vidéo. Les recommandations de faire des pauses toutes les heures, présentes dans les manuels, ce sont elles. Le débat sur l’épilepsie, également. Depuis quelques années, l’accusation porte sur le danger que représente le jeu vidéo pour nos chères têtes blondes à cause de la violence que certains titres dégagent.
Quiconque est attentif à l’actualité constate la volonté de plus en plus présente de faire du jeu vidéo le bouc émissaire de la violence de notre société. Dès qu’un massacre a lieu dans une école, ou qu’un lycéen tue un de ses camarades, on accuse des titres tels que GTA comme ayant incité l’assassin au meurtre. Il est plus facile de pointer du doigt les jeux vidéo que la facilité d’accès aux armes à feu… Aux Etats-Unis comme en Europe, des représentants du peuple ou des avocats tentent de faire interdire certains styles de jeu, voire les jeux vidéo dans leur globalité, comme cela fut le cas en Grèce il y a quelques années.
Nous assistons donc à une tentative de censure de la production vidéoludique. Avec l’augmentation massive de ce marché, et de l’intérêt du grand public pour ce loisir, le jeu vidéo est devenu une véritable industrie. La classification en Adult Only est une catastrophe financière pour un éditeur, car le jeu n’est plus distribué dans les circuits de consommation habituels. Dès lors, il n’est pas rare que les développeurs s’autocensurent pour éviter les foudres de la ESRB.
Avec ce dossier, nous allons tenter de faire un tour d’horizon des différentes facettes du problème de la censure dans le jeu vidéo. Le but n’est pas de prendre une position bornée, mais de donner des pistes de réflexion, afin que chacun puisse se faire sa propre opinion sur le sujet.
Sommaire
Une nouvelle chasse aux sorcières?
L'évolution du profil du gamer
La provoc' business
Sexe et jeux vidéo, un mariage impossible?
Les limites de la législation, cause de la censure?










Cliquez ici ! 









