Lorsque je parvins au terme de mon 15ème printemps, je décidai de prendre la route, comme beaucoup d’autres avant moi. Puisque les moines de Shaolin ne voulaient pas d’une femme dans leurs rangs, je décidais de ne compter que sur moi-même. Rapidement cependant, je devais me rendre compte de mon arrogance. J’étais faible, c’est un fait. Equipée d’une arme de fortune, j’évoquais dans les tavernes mes combats acharnés contre toutes les créatures de l’Outremonde, me présentant comme une rônin. En vérité, j’étais à peine capable de faire face au moindre bandit de grand chemin. Je ne me rappelle plus exactement comment je devais arriver aux portes de Peihua. Ce dont je suis sûre en revanche, c’est que ma haine des moines Shaolin était toujours aussi vive, et lorsque Wie Woo hyang me promit qu’un jour, je pourrai leur faire regretter leur arrogance, j’abandonnais mes dernières hésitations et entamais le parcours initiatique qui devait faire de moi l’une des maîtresses du Chaos les plus redoutées de Hefei. Dans mes rêves tout au moins. La fumée des vapeurs toxiques manque de me clouer au sol. C’est simple : mes yeux se remplissent de larmes, ma vue se brouille, j’arrive à peine à discerner … , pourtant à deux pas de moi. La tête me tourne, je crois m’évanouir. « Allez, secoue-toi pleurnicheuse. j’ai quelques commissions pour toi. Va voir le forgeron, vends-lui ce collier, il nous faut quelques écus pour t’acheter un équipement. Prends une dague ou un bâton, ça devrait suffire pour tes débuts ». Wie Woo hyang m’explique qu’on ne me laissera pas rentrer si facilement dans la cité. Pour être admise auprès de la matriarche, il faut d’abord prouver ma détermination. « Vas voir le conteur, il a une histoire à te raconter. Fouine aussi un peu partout, les services à fournir, c’est pas ce qui manque ». Exterminer des mygales, fournir des médocs, aller casser du bandit, récolter les ingrédients nécessaires à un rite d’initiation. Les quêtes ne manquent pas en effet et bientôt, me voilà admise dans la ville elle-même. Une ville superbe, avec ses statues de serpents géants, ses cristaux grands comme des maisons qui bordent les chemins d’accès et ses précipices sans fond. Chimères domestiques, vipères et mygales : la faune des souterrains évolue en parfaite impunité dans la cité, alors que les hommes eux n’y sont pas admis.
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