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| | Second Life : ou comment jouer à se prendre au sérieux. |
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 | Quand la console s’ouvre aux développeurs indépendants (le MarketPlace de la Xbox 360), réinvente les codes d’interaction jeu/joueur (la Wiimote de Nintendo) et donne à la puissance de calcul un nouvel ordre de grandeur (la PS3), que reste-t-il pour le PC ? |
Le
FPS (un peu), le
RTS (beaucoup) et le
MMO (en quasi-exclusivité). Des rapports privilégiés qui pourraient cependant ne pas durer, avec les consoles next-gen et leurs fonctionnalités online. On l’a vu avec
Test Drive Unlimited. On le verra avec
Age of Conan en mars, et peut-être avec
Warhammer Online - l’hypothèse n’est pas interdite. La guerre 2007, avant d’être une guerre du Noir et du Blanc, sera une guerre pour l’acquisition et la conservation de nouveaux genres de jeu. Les frontières risquent d’être pas mal bouleversées, il y aura des disparitions prématurées, et au final des émergences. Dans les franges, là où la vie aura continué à croître dans l’ignorance totale des conflits en cours. Ou sur les cendres des géants de l’industrie.
Lorsque je vois comment un gros projet comme The Saga of Ryzom peut se casser la gueule, je ne pleure pas sur l’avenir du jeu video français. Je me dis plutôt qu’on n’a jamais approché d’aussi près la vérité du MMO. Réussir à passer Ryzom dans le domaine des logiciels libres, ça aurait été radicaliser l’idée qu’un vrai MMO est un MMO où les joueurs ont le pouvoir, où le clivage joueur/développeur n’a plus cours. En un certain sens, l’idée avait déjà dû germer dans le cerveau de David Cohen, alias Mr Nevrax. Ryzom : un MMO où les joueurs avaient non seulement la possibilité de créer leurs events et leurs structures sociales, mais (avec le Ryzom Ring) leurs propres règles, leurs propres mondes, leurs propres valeurs. J’ai toujours soupçonné David Cohen de penser le premier monde de Ryzom comme un prototype, une œuvre de laboratoire. Si les joueurs parvenaient à faire s’épanouir un monde dont les bases étaient posées par une équipe de développeurs, pourquoi ne pas rêver d’un environnement persistant indéfini, où chaque joueur (ou chaque communauté) pourrait inaugurer le monde de ses souhaits, le développer, puis le voir s’épanouir ? Si le metaserveur est un terreau, alors chaque idée est le germe d’un nouveau monde virtuel. Le multi-mondes massivement multijoueurs ? 2007 ne nous l’offrira peut-être pas. Qu’importe. On en rêve.
Après tout, Ryzom n’est pas le seul exemple. Le multi-mondes, Second Life l’invente lui aussi. La diversité n’y est pas seulement thématique (med-fan, science-fiction, real mimétisme, Hello Kitty style), elle ne touche pas seulement aux pratiques (exploration, roleplay, business, shoot, chat), elle est aussi idéologique (débat sur la valeur marchande des objets virtuels, sur le droit à la prostitution des avatars, sur la place du politique dans des mondes où les barrières nationales sont remplacées par les barrières de la langue, etc). Perso, je m’en fous de savoir si Second Life est un jeu ou pas. Tout comme de savoir si le sérieux de Life Simulation en fait un non-jeu. Dans un cas comme dans l’autre, je m’amuse à me prendre au sérieux. Tout comme plein d’autres joueurs, qui développent leur business de tabourets vivants ou leur commerce d’avatars à forme non-humaine pour le fun, mais gagnent de la thune pour de vrai. 2006 m’a appris que le clivage jeu/sérieux n’a pas de sens. Mais l’idée ne date pas d’hier. La jurisprudence et le théâtre. La religion et les jeux de hasard. L’espionnage et le jeu de cache-cache. Qui copie qui sur qui, du faire-semblant ou du faire-sérieux ? Relisez Huizinga, ça évitera des réponses hâtives.
Alors, après, si on s’en tient vraiment au jeu, on trouve quand même pas mal à dire sur cette année 2006. Parmi les gros, ceux qui bénéficient d’un maximum de visibilité, seul In Memoriam 2 et Gothic 3 m’ont vraiment marqué. Toujours pas remis des SMS signés Le Phoenix. Ni des courses-poursuites avec un sanglier à mes trousses (Gothicman, si tu m'entends, la figurine du barbare t'attend à la rédac) IM2 ou Gothic 3, la chose se confirme : le jeu PC n’est jamais aussi bon que lorsqu’il offre des terres à défricher, de préférence hostiles et sauvages. Impossible bien sûr de passer à côté d’Oblivion, mais c'est un peu tard pour en parler, et puis j'ai des crampes aux doigts. Côté marginal, je cite Hyperbol : ThreadSpace, une expérience Beta inoubliable. Moi qui étais assez réservé sur le potentiel d’innovation en matière de jeux de stratégie, j’ai dû reconsidérer mes estimations. Ca sort en février, et je me demande quelles modifications ont été apportées en cours de route. J’allais oublier Defcon, mais c’est un peu parce que je suis actuellement focalisé sur le prochain titre d’Introversion Software : Subversion. Chris Delay a beau souhaiter le contraire, je ne peux pas m’empêcher d’extrapoler sur le futur contenu du titre, véritable objet de fantasmes. Et même si je me trompe forcément, je ne peux pas m’empêcher de supposer qu’il sera communautaire, après avoir vu leur générateur de carte aléatoire. J’attends aussi Bethesda au tournant pour Fallout 3. « L’esprit » Fallout ne sera peut-être plus le même, ils en feront peut-être un MMO, à moins que ce soit Interplay. Mais avec leur savoir-faire, je doute qu’ils fassent une simple bouse. Et puis, j’ai toujours rêvé d’être un Griffemort terré dans un abri à attendre la chute de la Bombe.